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Jean-Marie Laclavetine / Au pays des fainéants sublimes |
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Jean-Marie Laclavetine : Au pays des fainéants sublimes.
Voyage en Touraine avec un ami photographe. Présentation : En compagnie d’un ami photographe, Jean-Marie Laclavetine a vagabondé durant des mois sur les routes de Touraine. Ils ont suivi le cours des rivières, longé le fleuve sauvage, arpenté les rues et les ruelles des villes royales, interrogé la riche mémoire de cette terre d’écrivains. Ils sont allés à la rencontre des « fainéants sublimes » dont parle Balzac, habitants d’un pays où le temps ne passe pas à la même vitesse qu’ailleurs. Le récit de ce vagabondage est plein d’ironie, d’anecdotes cocasses, de visions surprenantes, mais aussi de réflexions sur l’esprit des lieux, qui nous habitent davantage que nous ne les habitons. Parution liée à celle de l’album Descente au paradis (photographies de Jean-Luc Chapin). Extrait : Bienheureuse soif Felix alteratio ! s'exclamait saint Augustin. Bienheureuse soif ! Même si tout porte à croire qu'il ne faisait nullement allusion à quelque boisson fermentée à base de cabernet franc, il n'en reste pas moins que rien ne résume mieux l'humaine condition : c'est la soif qui nous rend heureux, elle nous guide comme l'étoile dans la nuit, le soleil à l'horizon, la pensée de Bernard-Henri Lévy dans les ténèbres de notre ignorance, ou l'enseigne lumineuse du Café de l'Espérance dans la rue au pavé mouillé. Saint Augustin est un brave homme, qu'on se le dise, et je préfère cet évêque-là à ce cardinal-ci. Il n'y avait plus de pieds de cochon hier soir dans la boutique de Richelieu, et nous nous sommes vengés sur le boudin et les rillettes au vouvray qui atteignaient dans le registre de la suavité charcutière à une sorte d'acmé surnaturelle. Pour accompagner ces rustiques agapes, une bouteille appropriée fut hissée de la cave. Afin d'éviter tout dépaysement, elle provenait du domaine de François Plouzeau, unique vignoble des environs de Richelieu, à Razines (on raconte qu'à la veille de la bataille de Poitiers, en 732, les Sarrasins bivouaquèrent dans ce hameau, attirés par l'abondance et la pureté des eaux vives qui y jaillissaient de toutes parts. C'est ainsi que l'endroit fut baptisé " Ras el-Aïn ", le " pays des sources ", qui devint " Razines "). Que ce soit en rouge ou en blanc, sauvignon, chenin, cabernet ou gamay, ce vigneron qui travaille en biodynamie obtient des vins à forte personnalité, à la fois robustes et subtils. Grâces lui soient rendues pour cette oasis préservée dans la morne étendue des cultures céréalières. C'est qu'il nous fallait prendre des forces pour l'expé-dition du lendemain : un périple en zigzag à travers les vignobles ligériens. Abstèmes, agélastes, buveurs d'eau, passez directement au chapitre suivant. Nous ne partons pas seuls. Pour augmenter le plaisir du voyage et en diminuer les risques, nous nous sommes adjoint un attelage à toute épreuve, formé de deux valeureux explorateurs de caves et de chais : l'ami Doudou, déjà croisé au premier chapitre, souvenez-vous, et maître Jean-Jack Martin en personne, dont le nom scintille au firmament des francs buveurs et des goutteux illustres. Un mot sur notre druide dont le heaume de cheveux blancs et la barbe d'argent nous guident comme le panache du roi Henri dans les rudes batailles de la vie. Nous avons, lui et moi, entamé largement notre troisième décennie de compagnonnage. Il est notre grand témoin, notre statue de l'île de Pâques, le repère indispensable à qui veut connaître la Touraine, ses goûts et ses odeurs, ses mystères, son histoire, ses lieux. Être avec Jean-Jack, c'est voyager dans un temps élastique, jouer au ludion sur l'échelle des ans. [...] (p. 45-46) A lire également : Revue de presse : Forum des lecteurs "Un verre pour la route" avec Jean-Marie Laclavetine (Au pays des fainéants sublimes, Gallimard), et Jacques Dupont (Le guide des vins de Bordeaux, Grasset). Un forum animé par Marie-Madeleine Rigopoulos. Réalisation Maxime Yonnet. mise en ligne : 08/10/11
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