Christophe Mahy
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L'humeur de la nuit
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Christophe Mahy


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Christophe Mahy : L'humeur de la nuit

Christophe MAHY, L'humeur de la nuit, illustrations originales de Jean-Jacques Rossbach, préface d'André Doms, éditions Arch'Libris, coll. "Herbe folle", 56 pages, 75 €.

Livre d'artiste imprimé sur velin supérieur de 170 g et illustré de trois dessins originaux réalisés par l'artiste POUR CHAQUE EXEMPLAIRE.
Tirage limité à 70 exemplaires numérotés.
Format 15 x 30 cm.
"L'humeur de la nuit" est le premier ouvrage de la collection "Herbe Folle", qui unira un écrivain et un illustrateur.

Le site de l'éditeur : www.arch-libris.com

Arch-libris
Christophe Mahy : L'humeur de la nuit (poèmes)

Compositions peintes de Jean-Jacques Rossbach


Préface d'André Doms


"Solitude poésie
Je ne vis qu'entre vos ombres"
Jean-Claude Pirotte, La boîte à musique


Notes de lecture

Christophe Mahy, "quoique si léger si fuyant", par Frédéric Chef

Christophe Mahy a désormais la cadence du vent qui vient et revient sur les plateaux ardennais. Notre ami publie beaucoup, des petits livres qui contiennent leur poids d'émotion simple, retenue, mais diffuse : ils touchent au cœur. Le dernier en date, publié par les bons soins de François Quinart - libraire à Charleville-Mézières -, qui manie la presse à bras avec le respect des artisans convaincus que les beaux gestes sauvent, dépose sur l'ivoire des instantanés confisqués au vent par le poète. Jean-Jacques Rossbach, peintre carolopolitain, illustre superbement de "griffes colorées" ces poèmes distraits au temps.

Le temps, c'est l'affaire des poètes - des hommes en général. Christophe Mahy fréquente Georges Perros, auquel il rend un hommage tremblé, incertain de toucher son objet : comment parler à un mort ? Parler d'un mort ? Parler à un vivant poète ? on sent le ciel si proche de la page / qu'il suffirait de pas grand-chose / pour que le poème soit / mais la distance nécessaire / est maintenue par le vent.

La poésie est affaire de quotidien, de "vie ordinaire", avec ce peu de vent autour, qui nous fait marcher quelque part sous les pins verts de Tréboul, en Bretagne, pour qu'infusent en soi le temps et la musique d'une poésie un instant retrouvée. Le temps, disais-je, affaire de poètes. Christophe n'aime rien tant que l'heure où la nuit descend sur la page et la ville où il se recueille. La nuit assume le jour et en corrige les taches : je m'en vais au devant de mes propres ombres, confie-t-il à ces heures floues où il est temps de mendier juste une poignée de silence. Travailler fatigue, écrit Pavese. Poétiser lave les scories du jour, ressource, fait renaître. Christophe nous offre la méthode : je rince mon cœur dans les sources. Les poètes amis qu'il cite et auquel il "se réfère" sont les sources premières pour affronter le chemin qui va de soi à soi : Jean-Claude Pirotte, Eric Piette, Franz Bartelt - membres de la Route Inconnue -, Roger Gilbert-Lecomte, qui affronte lui aussi le vent, le vent qui décoiffe l'âme et retourne les certitudes pendant la danse macabre qui n'a ni commencement ni fin.

Et s'il fallait au poète quelque chose comme une purification face au temps qui dénature et salit ? Christophe n'est pas certain que le temps passe. C'est nous qui passons. Affaire de vision et d'images. Il faut alors se livrer au discours de la pluie : une averse bat la mesure /du vide en moi /une histoire de solitude. Le poète écrit donc des lettres à la pluie en des saisons cafardeuses pour le commun, éclatantes pour lui : juste la pluie /dont je prends note. La source vient du ciel /au pays oublié, dit-il. Christophe emprunte les lieux communs de la poésie : je vois naître l'automne /dans la fenêtre. L'automne, saison idéale, "saturnienne" : une averse bat la mesure /du vide en moi / [...] dans mon cœur plein d'automne. Lieux communs : le temps file entre nos mains, nous sommes (à peu près) seuls au monde, face à la nuit qui approche, en des saisons effilochées. Le poète appelle de ses vœux cette heure exquise d'être seul. La poésie, qu'est-ce que c'est ? J'ignore le mot poésie, écrit Mahy qui pratique cette poésie en actes, cette poésie quotidienne du geste simple, du regard simple sur les choses. Des poèmes sans poèmes, peut-être. Les lieux communs me fascinent, glisse-t-il entre deux confidences à la page où il corrige les erreurs d'une vie hésitante et commune.

Frère des poètes "simples", dont l'œuvre est une déclaration à la grandiose banalité des jours, Mahy nous rappelle l'importance de Perros : la vie sans cesse /désespère et enchante. Nous sommes embarqués dans une vie ordinaire, que seul l'élan vers la poésie, par instants, rachète. Les éléments - pluie, vent - restituent chacun d'entre nous à la modestie, au courage et à l'honneur d'être vivant.

Dans les pages d'Une vie ordinaire : Le désespoir c'est de se taire /Et si mon langage vous pèse /quoique si léger si fuyant /rien de plus facile à votre aise /que de jeter ce livre au vent.

Frédéric Chef


Billet d'humeurs, par Daniel Remillieux

Voici des textes poétiques (accompagnés de compositions peintes aussi épurées qu’évocatrices) qui n’ont pas besoin d’explication(s). Juste d’un bref brin de conduite, ici, car le poète est partageux, qui accepte un regard bienveillant par-dessus son épaule pour percevoir avec lui ses visions de nuit et de pluie, ses complices.

La poétique de Christophe Mahy est douce aux yeux et à l’esprit. On y est bien. Bien, et parfois bousculé. Il écrit des mots de contemplation, de recueillement et d’admiration(s). Des mots et des rencontres. Et des craintes.

On y est bien (bis) mais elle fouette l’âme cette quiétude contemplative qui frôle constamment le spleen. On y entend une musique intime jamais frivole, jamais larmoyante, qui irrite sans aucun doute quelques cicatrices dont on ne saura rien et laisse entrapercevoir des absences. Ce qui séduit ici, c’est la gravité qui jouxte l’apesanteur.

"La poésie est la rupture (ou plutôt la rencontre au point de rupture) du visible et de l’invisible." (Jean Genet). Il est aisé de le vérifier en lisant ces textes : une première lecture livre les mots sur un beau plateau comme les fruits frais d’un potager. Les lectures successives font sourdre peu à peu des strates secrètes, décalées dans l’espace et le temps, mais aussi et surtout empreintes d’une généreuse humanité, sereine et inquiète.

Voici un bel ouvrage (l’objet est magnifiquement réalisé par des artisans motivés), bref un livre d’artiste au service d’un voyage vibrant d’émotions contrastées.

Daniel Remillieux


mise en ligne : 03/12/2013
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