Jean-Claude Pirotte
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André Dhôtel : Le club des cancres

Postface de Jean-Claude Pirotte
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André Dhôtel, Le club des cancres

André Dhôtel, Le club des cancres, Dessin de couverture et Postface de Jean-Claude Pirotte, Editions de La Table Ronde, Paris, 107 p.
ISBN : 978-2-7103-2781-3. Parution : octobre 2007. Prix : 13,50 €




André Dhôtel, Le club des cancres (1949)


Premières pages :

L'hiver illuminait la salle de classe où les élèves de cinquième traduisaient l'histoire des oies du Capitole. La neige couvrait les bâtiments du collège et la cour ouverte sur un jardin du XVIIIe siècle. Autour du jardin s'étendaient les champs tout blancs, sans clôtures. A vingt kilomètres de là était la mer, d'où montait une brise qui secouait les flocons sous les vérandas.
- Cacheux, dites-moi le parfait du verbe cado.
Jean Cacheux arrondit ses yeux où se reflétait la neige descendante. Il chercha tout au fond de sa mémoire, mais n'y trouva rien. Le maître interrogea un autre élève, la classe reprit sur un rythme nouveau, et Jean Cacheux se perdit dans la contemplation de la table luisante qu'il occupait au fond de la salle avec deux autres paresseux. C'était un petit gars de douze ans et, tel l'ilote des Lacédémoniens, il représentait pour ses condisciples l'allégorie vivante de l'erreur. Il souffla sur une minuscule boulette de papier jusqu'à ce qu'elle se perdît dans la cavité de l'encrier de faïence. Puis il reporta ses regards vers la fenêtre qui montait dans le torrent de la neige comme un ascenseur.
[...] (p. 9-10)

Quatrième de couverture :

Pour les adultes, la drôle de guerre a commencé. Pour les cancres d'un collège de Normandie, proche de la mer, c'est l'heure de la fugue. Il s'agit en somme de se découvrir un destin au bout d'une pérégrination qui va les mener jusque dans les monts du Jura, à la recherche d'une parente improbable.
Dans ce court et lumineux récit, il y a tout Dhôtel : paresse éblouie, goût de l'aventure, confiance et insoumission. Et cette ironique leçon de morale : "Il y a un dieu pour les cancres."

Postface de Jean-Claude Pirotte, "Dhôtel parmi nous", p. 75-103 (Extraits) :

[...]
L'oeuvre de Dhôtel est ce pays curieux et inexplicable que j'explore depuis si longtemps qu'il m'apparaît d'autant plus familier qu'à chaque pas je le découvre et le devine infiniment bouleversant et neuf, étrange donc. Il faut bien que je m'accommode de ce paradoxe. Le pays où je vis vraiment me demeure inconnu. Depuis que j'en pratique les recoins, que j'en scrute les ciels, que j'en arpente les confins, il ne cesse de dévoiler en les dérobant les images fabuleuses d'une vie qui me serait donnée en plus, une vie tour à tour évidente et secrète, autre absolument et néanmoins foncièrement mienne. Peut-être faut-il avoir lu Dhôtel à l'âge où je l'ai lu pour la première fois, au début des années cinquante, pour éprouver toujours et encore cette conviction brutale (et insensée, peut-on dire) que c'est là, dans ce pays proche et lointain qui s'éveille à nous, que notre naissance au monde a vraiment lieu.
[...]
Dhôtel, c'est donc un peu notre Shéhérazade à nous. Ce sont les contes qui fondent non pas l'existence, mais purement la vie, et la prolongent bien au-delà de la disparition physique du conteur. La vie, c'est banal de le rappeler, est un conte. Plein de bruit, de fureur, d'assassinats, d'exactions, de trahisons, de bagarres, de lumière, d'amours troublées, de rencontres éblouissantes, d'errances et d'errements, de quotidien transfiguré, de banalités stupéfiantes, de personnages miraculeux, et de paysages insoupçonnés, loin du pittoresque convenu.
[...]
Car Dhôtel ne se soucie guère de raconter une comédie humaine à la Balzac, il n'est hanté par aucune obsession à la Flaubert, l'idée d'être "moderne" à la lumière des nouveaux romanciers ne l'effleure pas, les grandes machineries sociologiques, historiques, psychologiques, politiques le laissent indifférent. Ce qui compte, pour lui, c'est la "littérature sauvage" [...] Il y a chez Dhôtel un panthéisme qui s'ignore. Nous sommes comptables de la permanence des floraisons, du "vrai mystère des champignons" tout autant que de la liberté d'allure des chats. Comptables, si l'on veut, mais superbement rebelles à toute comptabilité administrative ou fiscale. Même pas rebelles, indifférents. Ce qui nous concerne, c'est simplement la vie comme elle va [...]
[...] Lisons Dhôtel, respirons l’air frais et mystérieux qui circule dans ses "écritures", et suivons les chemins du pèlerinage sans fin qu’il nous propose. Dhôtel est parmi nous.

Liens & critiques :

  • Le club des cancres présenté par Frédéric Chef (responsable des Cahiers André Dhôtel) dans la revue Les amis de l'Ardenne n° 19, en ligne sur le site de LA ROUTE INCONNUE, association des amis d'ANDRÉ DHÔTEL.


  • "Le Club des cancres, l'école de la liberté", par Christophe Mahy (Bulletin de "La Route Inconnue", n° 19, mars 2008, p. 7-9)
    "Le bonnet d'âne est le panache auquel se rallient les âmes innocentes. Car l'exclu du charme des versions latines et des tables de multiplication se doit de trouver sa voie et d'être sauvé. Il l'est, nous dit Dhôtel, dans la mesure où la liberté guide son errance de fugueur invétéré. Encore faut-il s'entendre sur la liberté dont il est question : celle que l'auteur du Club des cancres nous propose de fréquenter est de bon aloi, dans le pas de personnages rebelles à l'ordre établi en tout bien tout honneur. Ce n'est pas la première fois qu'André Dhôtel invite son lecteur à faire la vie buissonnière dans la campagne insoumise. Ce pèlerinage vivifiant au pays de l'enfance, il le fait avec une touchante insistance, comme s'il avait à coeur de borner son espace intime et le nôtre avec des feux follets.
    Une histoire d'enfance, donc, et d'amitié confrontée à un système scolaire répressif et à un pays que l'imminence d'une "drôle de guerre" rend inquiet. C'est dans cet environnement hostile que nos trois héros se liguent contre un univers où ils n'ont rien à faire sinon quelques farces de potaches. Dès lors, le club a sa raison d'être et emprunte ses statuts aux sociétés secrètes dont les membres composent une fratrie à l'épreuve des pressions du monde extérieur.
    D'emblée, il s'agit de regarder le développement des blés et des betteraves au sein d'une nature complice de toutes les évasions où le vent agite des fleurs quelconques aux fossés. Le vent, les saisons, l'herbe folle des talus, la lumière inouïe du ciel comme une terre où il ferait bon courir tiennent tête à la sécheresse stérile des heures de classe.
    [...]"
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