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Revue d'Etudes Esthétiques


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Figures de l'Art n° 12 : L'art de l'éphémère

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REVUE DE PRESSE, AGENDA, LIENS
Rendez-vous :
  • Mercredi 12 septembre 2007 de 22h15 à 23h30, l'émission "Surpris par la nuit", sur France Culture, a pour thème : "Les traces de l’éphémère". Par Andréa Cohen. Réalisation : Anna Szmuc.
    "Dans les arts visuels, les artistes remettent en question le « désir d'éternité » qui a inspiré les principales créations artistiques, pour renouer avec un art de l'éphémère qui s'inspire des pratiques artistiques de l'Asie et de l'Afrique. Cette conception a déjà traversé le XXe siècle, se manifestant dans différents mouvements artistiques depuis le Land art, Arte povera, performance, l’art corporel, l’œuvre collective jusqu’aux images flux de notre temps.
    En revanche, des arts comme la musique, le théâtre, la danse, éphémères par définition, ont aujourd’hui, grâce à la technologie, la possibilité de perdurer. Mais ces outils ne transforment-ils pas la nature même de l’art qu’ils reproduisent?
    Pour explorer la notion d’éphémère dans l'art, j’ai interrogé des artistes et des penseurs qui se sont intéressés à cette question : les metteurs en scène Jean-Marie Patte et Didier Bezace, les plasticiens Noel Dolla et Tony Soulié, le compositeur Nicolas Frize, et les philosophes Christine Buci-Glucksmann, Florence de Mérédieu et Bernard Lafargue, Maître de conférences en esthétique, Université Bordeaux III, auteur du recueil "L’art de l’éphémère", (Figures de l’art N° 12, 2006).
    "L’éphémère, c’est bien accueillir l’esprit de la vague, accepter le fluant et le flottant, une vie passage pourtant essentielle qui trouve dans l’élément aquatique sa réalité et sa métaphore" (Christine Buci Glucksman, "Esthétique de l’éphémère", Galilée, 2003, p.20)
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  • Mercredi 22 novembre 2006 à 18h30, Librairie La Machine à Lire, Place du parlement, Bordeaux.
    "Aline Ribière, figures de l’enveloppement"
    Débat organisé par l'association Transit, introduit et animé par Bernard Lafargue, avec Aline Ribière et Marc Guiraud.
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  • Mercredi 29 novembre 2006 à 18h00 - Librairie Mollat, rue Vital-Carles, Bordeaux.
    Débat à la galerie avec Bernard Lafargue, rédacteur en chef de la revue. Avec la participation d'Etna Corbal, Cédric Moullier, Edwige Muller, Aline Ribière et Hélène Sorbé.
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  • Jeudi 08 mars à 18h30 : Visioconférence Bordeaux-Annecy - Espace29, Bordeaux.
    L’Espace29 (espace de création, d'exposition et ateliers d'artistes à Bordeaux) accueille Bernard Lafargue, professeur d’Histoire de l’Art et d’Esthétique à l'Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3, critique d’art et rédacteur de la revue Figure de l’Art lors d’une visio conférence réalisée en collaboration avec les étudiants en Communication / Hypermédia des Universités de Savoie. Après avoir présenté sa revue et son site web coordonné par Amancio Tenaguillo y Cortázar (président de CEPDIVIN, celui-ci fera un exposé sur "Bordeaux, l'art & le vin"), Bernard Lafargue développera la problématique de son dernier numéro "L’art de l’éphémère". Avec la participation des artistes : Nathaniel Raymond, Annka, Aline Ribière, Etna Corbal.
    Espace29, 29, rue Fernand Marin, 33000 Bordeaux. Nocturne réservée aux adhérents : 2 euros /an
Pour en savoir plus :




4e DE COUVERTURE



Dans la deuxième moitié du vingtième siècle, l'Occident a sensiblement basculé dans une culture de l'éphémère, dont la gamme de vaisselle "Éphémère de Lux by Starck" délivre la plus belle effigie. Il s'agit d'une révolution profonde et empreinte de toutes sortes de confusions tragiques et de perspectives hétérotopiques remarquablement fécondes. En quelques décennies, l'"image-flux" est devenue la chose du monde la mieux partagée.

Ce nouveau régime d'"images-flux" favorise un goût pour le fugace, le jetable et le transparent, qui transforme le sujet cartésien, marchant avec assurance et certitude dans un monde ordonné selon des idées claires et distinctes légitimées par le Dieu vérace du Nouveau Testament, en un nouvel "homo bulla", volage et nomade; un éphémère sans arrière-monde de rattrapage.

Comment interpréter une telle révolution? Faut-il penser avec les Cassandre du "No Future" que le monde occidental flotte sur les flux monétaires des actionnaires anonymes d'un Tao de pacotille, et sombre dans le nihilisme du "dernier homme" du Zarathoustra, que mettent en scène des écrivains à succès comme Houellebecq ou Easton Ellis sous la figure d'un pitoyable psychopathe? Ou bien avec les optimistes d'un mondialisme postcolonialiste et multiculturaliste que le chemin des églantines de Méséglise passe, le temps des murailles écoulé, par le chemin des cerisiers de Kyoto, dans un détour propre à concilier la sagesse du kairos à celle du satori?

Des Nymphéas fluents de Monet aux nymphes de pétales (dé)culottées de Paul-Armand Gette, en passant par les sculptures de glace de Pier Paolo Calzolari ou d'Andy Goldsworthy, les samples du groupe Coldcut, La Harpe à nuages de Nicolas Reeves, les lumières mouvantes de Turrel, les installations lacustres de Sadaharu Horio, les fourreaux d'algues d'Aline Ribière, les boustrophédons de sève d'Etna Corbal, etc., les meilleurs artistes ont remis en question le désir d'éternité qui a inspiré durant des siècles de monothéisme les principales créations artistiques, tout en mettant en abyme la culture du kleenex et du zapping de la société de consommation, pour renouer avec un art de l'éphémère qui s'inspire des pratiques artistiques de l'Asie et de l'Afrique.

C'est à ce nouvel art, hétérotopique, de l'éphémère, que se consacre ce douzième numéro de Figures de l'art, avec la participation de: Céline Aubertin, Charlotte Beaufort, Benoît Berthou, Michel Costantini, Florence de Mérédieu, Itzhak Goldberg, Alicja Koziej, Bernard Lafargue, Danièle Méaux, Yves Millet, Cédric Moullier, Edwige Muller, Gaëlle Périot-Bled, Michel Philippon, Louise Poissant, Lydie Rekow, Matthieu Saladin, Hélène Saule-Sorbé.
© Bernard Lafargue








SOMMAIRE / TABLE OF CONTENTS



L'ART DE L'ÉPHÉMÈRE
FIGURES DE L'ART 12


- AVANT-PROPOS

Bernard Lafargue (Université de Bordeaux 3) : Le chemin des églantines et le chemin des cerisiers. >> En ligne

- DES VANITÉS QUI N'EN SONT PLUS

Cédric Moullier (Université de Bordeaux 3) : Version latine: l'éphémère selon Calzolari.

Gaëlle Périot-Bled (Université de Paris 1) : Daniel Buren, Joseph Beuys,Gina Pane - Les vies de l'éphémère.

Yves Millet (Université de Seoul) : Des motifs & des liens. L'éphémère dans l'œuvre d'Andy Goldsworthy.

Lydie Rekow (Université de Saint Étienne) : De la fugacité de l'action à l'éphémère de l'objet.

Bernard Lafargue (Université de Bordeaux 3) : Boustrophédons d'Etna Corbal et robes de mues océanes d'Aline Ribière.


- FLUIDITÉS

Louise Poissant (Université de Montréal) : L'expérience de l'éphémère dans les installations sonores.

Benoît Berthou (Université de Toulouse-Le Mirail) : Les musiques électroniques: instituer l'éphémère.

Matthieu Saladin (Université de Paris 1) : L'éphémère dans les musiques expérimentales: sur quelques rapports de durabilité dans ce qui ne dure pas.

Charlotte Beaufort (Université de Pau) : L'"art phénoménal" du Light and Space. Pour une phénoménologie de l'évanescence.

- PAYSAGER EN PASSANT

Itzhak Goldberg (Critique d'art, Paris) : Installation en marche.

Céline Aubertin (Université de Paris 10) : Sculpter l'éphémère.

Hélène Saule-Sorbé (Université de Bordeaux 3) : Le Mouvement des Nuages. Nuages de l'art ou les leçons de l'éphémère.

Danièle Méaux (Université d'Amiens) : Paysages éphémères.

Florence de Mérédieu (Université de Paris 1) : De Rikyu et Lafcadio Hearn à Roland Barthes et Sadaharu Horio: lectures de l'éphémère.

- DES POINTES ET DES BULLES

Edwige Muller (Université de Paris 1) : Le Witz dans l'art contemporain. Le mariage des hétérogènes et la pratique de la simulation.

Alicja Koziej (Université de Lublin-Pologne) : Bulles, air, vent.

- COMPTES RENDUS CRITIQUES

Michel Guerin, La grande Dispute. Essai sur l'ambition, Stendhal et le XIXe siècle, par Michel Philippon (Université de Bordeaux 3)

Jean Petitot, Morphologie et esthétique. La Forme et le Sens chez Goethe, Lessing, Lévi-Strauss, Kant, Valéry, Husserl, Eco, Proust, Stendhal, "Dynamiques du sens", par Michel Costantini (Université de Paris 8)









RESUMES



L'ART DE L'ÉPHÉMÈRE
FIGURES DE L'ART 12


Cédric Moullier : Version latine: l'éphémère selon Calzolari.
Pier Paolo Calzolari est, à bien des égards, une "figure" fascinante de l'Arte Povera. Remo Guidieri détecte dans son travail une réelle pensée de l'éphémère, qu'il qualifie d'"authentique tonalité épiphanique"1. Lorsque Calzolari met en scène trois blocs de glace et un chien albinos, il s'agit bien d'un dispositif précaire et fugace. Mais n'est-ce que cela? Et d'abord, comment fonctionne cette œuvre, qui tient momentanément debout? Plusieurs hypothèses peuvent être essayées: nature-morte "minute"? Approche "réfrigérée" du sublime? Il semble en tout cas que quelque chose de latin passe dans cette œuvre, connectant l'éphémère à des forces et à une civilisation passée.

Gaëlle Périot-Bled : Daniel Buren, Joseph Beuys,Gina Pane - Les vies de l'éphémère.
Des œuvres éphémères de l'art contemporain ne subsistent que vestiges et archives qui témoignent pour l'histoire d'événements révolus. On pourrait donc penser que ces traces ne nous livrent que des œuvres mortes. Il s'agit de mettre cette idée à l'épreuve de l'expérience, par une confrontation avec le travail de Daniel Buren, de Joseph Beuys et de Gina Pane. De sa saisie comme événement à sa renaissance comme avènement, l'œuvre éphémère semble subir une transmutation qui la sauve de la disparition: nous chercherons à mettre au jour les modalités de cette fragile existence.

Yves Millet : Des motifs & des liens. L'éphémère dans l'œuvre d'Andy Goldsworthy.
Comment montrer ce qui ne peut être représenté? Quelles relations l'art et l'éphémère peuvent-ils dès lors entretenir? L'œuvre du sculpteur Andy Goldsworthy, nous paraît exemplaire en cela qu'elle ouvre à une compréhension de la matière fluide du temps non en la figurant mais en la rendant sensible. Rendre sensible ce qui ne demeure pas se fait chez lui par un usage répété de motifs privilégiés où l'art est engagé dans une dimension performative.

Lydie Rekow : De la fugacité de l'action à l'éphémère de l'objet.
Cet article part d'un questionnement sur le paradoxe des actions artistiques, par essence éphémères, qui demeurent, par-delà la présence de l'artiste, à travers des objets à caractère commémoratif, dès lors qu'ils furent conçus comme instruments de rappel. Du temps vécu de l'action, prestation ou événement, ne resterait que cette trace indicielle, un objet répercutant dans un autre espace-temps une forme esthétique impalpable à l'éphémère de l'action artistique.
La démarche de Paul-Armand Gette (1927), choisie pour son caractère exemplairement équivoque, oppose éternité à éphémère. De la destitution de tous les éléments constitutifs des œuvres temporairement exposées, à la brièveté de l'instant que constituent ses interventions se matérialisant dans la transparence, P.-A. Gette décrit le processus d'altération ou de disparition par des dessins à base de sucs, par exemple, dont la fluidité confirme le passage vers l'image. Tel un reliquat, l'objet est oublié au profit de la visualisation d'un mouvement, de la modification même, non sans allusions au phénomène temps. L'éphémère est ainsi accepté et acquis comme épreuve du temps à l'action dans le processus mis en vue.

Bernard Lafargue : Boustrophédons d'Etna Corbal et robes de mues océanes d'Aline Ribière.
Les Boustrophédons de sève d'Etna Corbal et les Robes d'algues d'Aline Ribière se présentent comme des sculptures hétérotopiques, belles et fragiles, à durée de vie limitée. Elles nous invitent à penser l'éphémère, non plus sur le mode mélancolique des Vanités du dix-septième siècle chrétien ni sur celui, désespérément impatient et insouciant, de notre culture kleenex, mais sur celui, positif voire euphorique, de la rencontre harmonieuse et merveilleuse de quelques flux, souffles ou énergies, hic et nunc. Un kairos, un haïku, un yi qi, un sourire de catleya pour le dire avec Swann, qui rend la vie si belle qu'on ne peut qu'en vouloir l'éternel retour.

Louise Poissant : L'expérience de l'éphémère dans les installations sonores.
L'introduction du son dans les installations visuelles a donné lieu à une réinterprétation de l'espace et à l'apparition de toute une série d'œuvres jouant sur des formes de temporalité qui renouvellent l'expérience esthétique. De l'installation à la création d'environnements ou de paysages sonores, des objets aux promenades sonores, on assiste à l'émergence de nouvelles formes d'art reposant sur le temporaire, le passager, l'éphémère. Et pourtant, une part d'elles est inscrite sur un support qui a permis de fixer le son en lui procurant des propriétés de stabilité et de reproductibilité. L'éphémère se décline alors selon diverses modalités et combinaisons de temporalités mixtes qui seront examinées à l'aide d'exemples.

Benoît Berthou : Les musiques électroniques: instituer l'éphémère.
L'originalité des musiques électroniques réside dans le fait qu'elles tentent d'instituer l'éphémère en proposant de "faire de la musique avec de la musique", c'est-à-dire de créer en utilisant comme matériau des compositions d'ores et déjà existantes. Le matériau de l'œuvre n'est ainsi jamais pleinement determine, mais est constamment renouvelé, et l'œuvre relève d'un éphémère qu'elle entend mettre en évidence à travers une temporalité musicale fondée sur la variation et la répétition. La création se définit comme l'exploitation d'un ensemble de possibilités sonores, et le musicien adopte une position qui n'est pas sans rappeler celle du "sage" qu'évoque François Jullien: il conçoit des compositions en forme d'"échafaudages", de constructions éphémères qui sont susceptibles d'être constamment révisées et repensées afin de faire une place à un matériau renouvelé. Forte de semblable dispositif, une musique se définit ainsi comme un objet s'inscrivant pleinement dans le temps, devenant l'instrument d'un devenir et non d'une pérennité.

Matthieu Saladin : L'éphémère dans les musiques expérimentales: sur quelques rapports de durabilité dans ce qui ne dure pas.
Si la musique, et plus généralement le son, sont par nature liés à l'éphémère, cette qualité se trouve être au centre même des préoccupations d'un certain nombre de musiciens à partir des années 50 et 60. Parmi ceux-là nous isolerons ici deux axes - l'Ecole de New York et la scène improvisée anglaise - qui, bien que proches par certains aspects, diffèrent dans leur manière d'en rendre compte. L'article se propose d'examiner la diversité de ces positions, pour tenter ensuite de considérer l'actualité de la notion d'éphémère au sein des musiques expérimentales contemporaines.

Charlotte Beaufort : L'"art phénoménal" du Light and Space. Pour une phénoménologie de l'évanescence.
Comme l'éphémère, l'expérience perceptive visuelle apparaît puis disparaît. La lumière, insuffisante ou éblouissante, en détermine les conditions de possibilité ou d'impossibilité. Pour cette raison, l'éphémère est au cœur des préoccupations de l'art de la lumière, cette pratique artistique nouvelle qui apparut avec le mouvement Light and Space lancé par Robert Irwin dans la Californie des années 1960 (il comprenait aussi James Turrell, Larry Bell, Eric Orr, Maria Nordman) et qui se poursuit encore aujourd'hui chez des artistes plus jeunes, dont Anthony McCall, Ann Veronica Janssens ou Olafur Eliasson. Le mouvement Light and Space, négligé par l'historiographie, apporte pourtant une contribution majeure à un moment-clé de l'histoire de l'art. Prônant un "art du phénomène", il insiste sur le caractère éphémère de l'expérience esthétique et en tire les conséquences sur le statut et la "localisation" de l'œuvre d'art. L'éphémère, dans ce contexte, devient la notion-charnière de toute une esthétique, mais aussi d'une histoire de l'art, nées dans la Californie des années 1960. Scindé par le travail des œuvres en ses deux versants - apparition/disparition, devenir-présent/devenir-absent -, il peut ouvrir la voie à une phénoménologie de l'évanescence.

Itzhak Goldberg : Installation en marche.
La temporalité est une composante constitutive d'une forme artistique "inventée" par le XXe siècle, l'installation. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, celle-ci ne se fixe pas de façon définitive, elle ne fait plutôt que passer. Partant du monument, l'œuvre peut être réduite à un vestige, à une trace, ou s'effacer complètement, sauvée in extremis de l'oubli par la photographie.
Les installations traitées ici sont celles qui se mettent réellement en marche ou évoquent la situation de différents "êtres nomades", des SDF aux déportés, tous ceux qui se voient dans l'obligation de quitter leur lieu et entrer dans une spirale interminable. Dans ce parcours, centré autour de destins sociaux et politiques, les "sujets" se déplacent sur un échiquier géant et deviennent synonymes d'errance perpétuelle. L'invention d'une forme artistique qui se tient prête à plier bagage et se poser un peu partout s'explique peut-être par la violence d'un siècle marqué par d'exodes de masses.

Céline Aubertin : Sculpter l'éphémère.
Est éphémère tout événement qui annonce sa disparition, imminente ou simultanée, mais dans son apparition même. Il ne désigne pas une durée plus ou moins grande mais la qualité d'un moment : un présent d'autant plus intense qu'il comporte en lui-même son propre futur. C'est pourquoi l'éphémère comme tel exprime moins le caractère passager de la vie que le mouvement même de l'apparaître, indissociable de ses variations d'intensité. Les œuvres sur lesquelles nous nous penchons (celles de Bertrand Gadenne, Isa Barbier, Andy Goldworthy et Robert Morris) sculptent le temps, le rendent sensible dans son dynamisme et son mouvement même, en faisant varier formes et matières, rythmes et passages.

Hélène Saule-Sorbé : Le Mouvement des Nuages. Nuages de l'art ou les leçons de l'éphémère.
A l'instar de l'historien et philosophe de l'art Hubert Damisch, le plasticien peut se laisser porter par les nuages pour une itinérance à travers l'histoire des œuvres. Privilégiant l'observation dans l'art du paysage, manifeste dans les études comme dans les écrits d'artistes, il réalise que dans leur course, au fil de cinq siècles, les nuages sont voués à des statuts instables liés aux préoccupations sociétales du moment. Leur permanence dans cet enchaînement d'emplois précaires en a fait tour à tour des opérateurs de profondeur, de délestage, de naturel, d'idéalité paysagère, de conscience, ou encore d'inconscient et de perception symbolique. Ils permettent de remonter l'aventure de l'art sous le signe de la liberté.

Danièle Méaux : Paysages éphémères.
De la fin des années 50 à nos jours, se développe un véritable genre: celui du "Voyage de photographe". Dans ce type d'ouvrages, le dispositif livresque structure la perception des vues et les articule en un tout qui renvoie à l'expérience d'un voyageur photographe. Bernard Plossu est sans doute celui qui, en France, a le plus contribué au développement de ce genre. Ses photographies évoquent bien souvent des moments éphémères, pris dans l'écoulement du temps; elles renvoient à la présence aigue qui fut celle du voyageur, manifestant ainsi son adhésion à la perpétuelle mobilité des choses.

Florence de Mérédieu : De Rikyu et Lafcadio Hearn à Roland Barthes et Sadaharu Horio: lectures de l'éphémère.
Comment peindre, dessiner, écrire et LIRE l'éphémère? Cette question de l'approche de cet état si particulier divise profondément l'Orient et l'Occident. C'est dans l'entre deux de cette confrontation que nous tenterons, à notre tour, d'élaborer une saisie - ou presque saisie - de l'éphémère. Cette aventure nous mènera de Nietzsche à Lafcadio Hearn, de Roland Barthes à Rikyu (grand maître du thé), d'André Masson à Sadaharu Horio, membre du groupe Gutai.

Edwige Muller : Le Witz dans l'art contemporain. Le mariage des hétérogènes et la pratique de la simulation.
Certaines formes d'humour dérisoire caractérisent une partie des pratiques de l'art actuel. Aux côtés du burlesque et de l'idiotie, le Witz - trait d'esprit - définit un grand nombre de prestations sans prétention affichée, apparentées à des reparties spirituelles ou à des gags visuels. Détachées du souci de leur pérennité matérielle, affranchies, semble-t-il, de tout projet idéologique, elles intègrent avec ironie leur contexte d'apparition en visant une efficacité ponctuelle. Il s'agit ici de relier cet art de l'à-propos à l'accélération du temps et à la valorisation de l'événement propres au monde contemporain ainsi qu'au cynisme et à la parodie comme postures typiques de la post-modernité. On tente d'expliciter les procédés et les stratégies qui sont les siens, et on s'interroge sur la vocation et sur l'impact de ses petits attentats.

Alicja Koziej : Bulles, air, vent.
Les textes poétiques de maints écrivains du XXe siècle (Jules Supervielle, Pierre Reverdy, Saint-John Perse, Philippe Jaccottet, André du Bouchet, Pascal Boulanger) ainsi que l'art de Philippe Ramette ont en commun le même intérêt pour la légèreté et l'insaisissable que l'on trouve dans la substance aérienne. Pour ces poètes, il s'agit de la poursuite de l'extase que les formes fondées sur la légèreté, fragile mais enjouée, peuvent offrir. De leur volonté de voler et de s'exposer à l'air naît l'écriture du bonheur, de l'intimité joyeuse et de la confiance heureuse en existence.








Figures de l'Art n° 12 - 26 euros

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64012 Pau Cedex

Publié avec le concours du Centre National du Livre
ISBN 2-908930-98-6
ISSN 1265-0692







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