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Revue d'Etudes Esthétiques


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Figures de l'Art n° 10 : L'esthétique, aujourd'hui ?


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Revue de Presse
Commentaires de Yves Michaud (Philosophe, Directeur de l'Université de Tous les Savoirs) dans L'Esprit Public, une émission de Philippe Meyer, France Culture, 22/01/2006.
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Yves Michaud commente Figures de l'artEcouter l'extrait
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Présentation de Figures de l'art 10 dans Tout arrive !, une émission de Arnaud Laporte, France Culture, 13/04/2006 (Commentaires de Pierre-Marc de Biasi, Philippe Petit, Daniel Dobbels)
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Tout arrive ! France CultureEcouter l'extrait
© France Culture
Christian Ruby, "Table de classification des esthétiques du temps présent.", EspacesTemps.net, Il paraît, 05.04.2006.
http://espacestemps.net/document1930.html
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4e DE COUVERTURE











SOMMAIRE / TABLE OF CONTENTS



L'ESTHÉTIQUE, AUJOURD'HUI
FIGURES DE L'ART 10


- AVANT-PROPOS

Bernard Lafargue (Université Bordeaux III) : Les retrouvailles de l'esthétique En ligne

- L'ESTHÉTIQUE COMME DÉFINITION DE L'ART

Arthur Danto (Université de Columbia / New York et critique d'art à The Nation) : Les significations incarnées comme Idées esthétiques

Jacques Morizot (Université Paris 8 et CNRS) : La nouvelle vitalité de la philosophie de l'art

Dominique Chateau (Université Paris I) : L'avenir de l'esthétique

Michel Guérin (Université Marseille-Aix en Provence) : De la Disparition En ligne

Thierry de Duve (Université de Lille) : La nouvelle donne. Remarques sur quelques qualifications du mot "art"

- L'ESTHÉTIQUE COMME EXPÉRIENCE

Yves Michaud (Institut Universitaire de France et Université de Rouen) : Redimensionner l'esthétique - et revisiter la philosophie de l'art

Ken-ichi Sasaki (Université de Tokyo) : Un nouvel Horizon pour la philosophie de "l'aisthêsis" et du beau

Alain Chareyre-Méjan (Université de Marseille-Aix en Provence I) : La profondeur des apparences (introduction au bonheur esthétique)

Richard Shusterman (Université de Floride / USA) : Les Pluralismes de l'esthétique : Pratiques, disciplines, histoires

- L'ESTHÉTIQUE COMME PRAGMATIQUE

Jean-Pierre Cometti (Université de Marseille-Aix en Provence) : Entre être et faire: l'esthétique à la croisée des chemins

Luciano Vinhosa (Université de Rio de Janeiro / Brésil) : Penser l'œuvre dans son sens élargi

Carole Talon-Hugon (Université de Nice) : Pour une esthétique non formaliste

Ronald Shusterman (Université Bordeaux III) : Les Delvoye, Duchamp, et "autres" Kapoor : pour une théorie agrammaticale de l'art

- L'ESTHÉTIQUE AUX CONFINS DE L'HISTOIRE

Marc Jimenez (Université Paris I) : L'art contemporain pense le monde

Jean-Marc Lachaud (Université Paul Verlaine-Metz) : Notes pour la sauvegarde d'une réflexion esthétique critique

Bertrand Rougé (Université de Pau et des Pays de l'Adour) : L'ironie sans fin de l'art. Pour un "grand récit" du renouement

Jos de Mul (Université Erasmus Rotterdam / Pays-Bas) : Résonances de la mort de Dieu. Après les fins de l'art

Bernard Lafargue (Université Bordeaux III) : L'Idée d'une esthétique critique et polyphonique face à l'éternel retour de l'art en son âge mondial et pa(n)ïen








RESUMES



L'ESTHÉTIQUE, AUJOURD'HUI
FIGURES DE L'ART 10


- AVANT-PROPOS

Bernard Lafargue (Université Bordeaux III) : Les retrouvailles de l'esthétique En ligne

- L'ESTHÉTIQUE COMME DÉFINITION DE L'ART

Arthur Danto (Université de Columbia / New York et critique d'art à The Nation) : Les significations incarnées comme Idées esthétiques
L'esthétique classique, c'est-à-dire, l'esthétique de Kant et Greenberg qui suppose la beauté composée de plaisir, de désintéressement, de contemplation et d'universalité, n'est guère applicable à l'art contemporain. Mais cela ne signifie pas que l'esthétique, dans un sens plus général, n'est pas pertinente. L'insipide, le grossier, le vulgaire, etc. font partie de cette gamme immense des qualités esthétiques applicables, ainsi que toutes celles que ne désigne exactement aucun mot précis. J.-L. Austin et l'École d'Oxford ont commencé d'explorer ces prédicats esthétiques non-traditionnels, mais l'enquête prit fin lorsque la question de la définition de l'art s'imposa au mouvement analytique comme étant la question décisive. Je montre ici comment n'importe quelle qualité esthétique est applicable pour peu qu'elle soit interne à la signification de l'œuvre. Définissant l'art comme une "signification incarnée", j'examine les parallèles entre ce concept et la notion kantienne d'"Idées esthétiques" et je montre comment, ensemble, ils définissent par quel biais l'esthétique trouve sa place dans le concept d'art, que cet art soit traditionnel ou contemporain.

Jacques Morizot (Université Paris 8 et CNRS) : La nouvelle vitalité de la philosophie de l'art
On fait souvent le diagnostic d'une désorientation liée à la situation de l'art, de son marché, de ses références théoriques. Quelle attitude adopter en face de cela? Il me semble qu'on peut se repérer par rapport à trois stratégies de base: 1) l'ignorer le plus possible et restreindre son ambition aux œuvres canoniques (absence de solution). 2) plaider pour une extension du domaine dans lequel un jugement de goût est susceptible d'être valide (solution esthétique). 3) modifier les bases théoriques pour repenser la totalité des œuvres dans un même cadre (solution de la philosophie de l'art).
Je défendrai cette dernière option à trois niveaux: définitionnel (Carroll), perceptuel (Lopes) et ontologique (Davies).

Dominique Chateau (Université Paris I) : L'avenir de l'esthétique
L'esthétique aurait perdu son statut autonome en ralliant l'anthropologie, les Cultural Studies et la cognitique: tel est du moins le discours que ces disciplines nous adressent aujourd'hui. Cependant, outre qu'elles réduisent leur cible à la définition contestable de la "science du beau", elles prétendent lui apporter des problèmes nouveaux tout en négligeant la spécificité de l'épistémè qui lui est propre. Ce texte défend l'idée que l'esthétique, sans négliger cet apport extrinsèque, demeure le seul cadre où sa pertinence peut être évaluée.

Michel Guérin (Université Marseille-Aix en Provence) : De la Disparition
L'esthétique tiendrait essentiellement dans trois textes: la Critique de la faculté de juger de Kant, le Cours d'esthétique de Hegel et l'opuscule de Walter Benjamin, L'œuvre d'art à l'ère de sa reproduction mécanisée. L'esthétique est le discours, foncièrement mélancolique, interdit de présent, qui médite sur l'absence qui le motive. Le non-objet qui l'occupe s'est appelé "beau", avant que l'esthétique ne soit hantée par sa propre disparition.
Aujourd'hui, alors que personne n'ose parler de beau, l'esthétique est partout et nulle part. La négativité (métaphysique) est devenue poussière de positivités répandues dans notre environnement. Manque le scandale du beau. L'esthétique moderne le portait en son cœur, comme manque. Au contraire, l'esthétique réalisée, sociétale, porte avec elle l'exclusion du beau.
La question n'est donc pas de savoir si l'esthétique a un avenir. C'est d'espérer croire qu'une autre expérience de la beauté, en ces temps improbable, reviendra toucher les hommes comme une grâce.

Thierry de Duve (Université de Lille) : La nouvelle donne. Remarques sur quelques qualifications du mot "art"
Il s'agit de proposer quelques clarifications théoriques du mot "art" dans la foulée de la réception des readymades de Duchamp et de leur accréditation par l'histoire de l'art dans les années soixante. Notre "monde de l'art" se définit aujourd'hui par le fait qu'il est techniquement possible et institutionnellement légitime de faire de l'art avec n'importe quoi, une situation à laquelle je donne le nom d'art en général. Ce terme posé, j'en définirai trois autres: l'art tout court, l'art dans son ensemble, et l'art en soi, dont l'articulation est destinée à former la base d'une théorie esthétique de l'art adaptée à notre époque.

- L'ESTHÉTIQUE COMME EXPÉRIENCE

Yves Michaud (Institut Universitaire de France et Université de Rouen) : Redimensionner l'esthétique - et revisiter la philosophie de l'art
L'esthétique, en tant que discipline établie, traite des œuvres d'art, de leur statut et propriétés, de leur réception et des évaluations dont elles font l'objet. En ce sens, son programme est limité, notamment en ce qu'il laisse de côté les questions de production, poétique ou poïétique, qui ont constitué pendant longtemps une part importante de la réflexion sur l'art. Les questions générales d'ontologie, de réception et d'évaluation ont fait l'objet d'investigations approfondies qui sont tributaires de l'idée d'œuvre d'art et ne semblent pas pouvoir être poussées beaucoup plus loin.
Il faut surtout remarquer que les conditions dans lesquelles l'esthétique s'est développée sont désormais caduques. L'hyper-muséalisation en relation avec le développement du tourisme, l'industrialisation de la production artistique aussi bien d'élite que courante, la globalisation et la circulation des produits artistiques, l'esthétisation générale de la vie, obligent à revoir la problématique. Il faut d'abord partir des productions de masse en prenant en compte des expériences comme celles du cinéma, du jeu vidéo, de la musique techno, de la bande dessinée, etc. Il faut ensuite développer l'étude de l'expérience esthétique, souvent considérée comme une évidence sans jamais être décrite dans sa diversité à la fois anthropologique et verbale. C'est là redimensionner l'esthétique. Il faut probablement aussi revenir à certains thèmes de la philosophie de l'art, notamment à la dimension du faire artistique - à la poïétique - et à la question inéliminable de la beauté.

Ken-ichi Sasaki (Université de Tokyo) : Un nouvel Horizon pour la philosophie de "l'aisthêsis" et du beau
Si nous voulons vraiment reconsidérer le statut et les possibilités de l'esthétique, il nous faut quitter l'idée reçue que l'esthétique est la philosophie de l'art. Quand l'esthétique apparaît en tant que discipline, trois sujets se superposent : le beau, l'art et la sensibilité. Ils constituent des possibilités de l'esthétique. Mais nous pouvons trouver aussi un autre modèle chez Aristote, où la poétique constitue la troisième branche de la philosophie, après la théorique et l'éthique. Je propose d'élargir l'horizon de la branche du faire à la philosophie de la culture, industrie comprise. Le thème de l'esthétique, qui me paraît être le plus actuel, n'est pourtant ni la culture, ni l'art ni la sensibilité, mais le beau. Non pas nécessairement le beau de l'art, mais plutôt le beau du monde.

Alain Chareyre-Méjan (Université de Marseille-Aix en Provence I) : La profondeur des apparences (introduction au bonheur esthétique)
Mon propos est de mettre en évidence en quoi et comment l'Esthétique est en définitive la pensée sensible au Bonheur (de voir, de faire, d'être). Chez les Modernes, il est vrai, elle exprime plutôt la nostalgie de la sublimation du sensible dans le concept et se présente comme une purification des apparences. Pourtant, puisque son objet évoque - à tort ou à raison - la coïncidence du mystère du monde et de sa manifestation, le plus simple est d'y reconnaître un pur amour des apparences, dans l'utopie joyeuse d'une justification de l'existence par l'existence. Le sentiment esthétique lui-même se définit alors comme la pure réponse à l'existence, assimilable à la rigueur à une forme de chance.

Richard Shusterman (Université de Floride / USA) : Les Pluralismes de l'esthétique : Pratiques, disciplines, histoires
Le pluralisme irréductible des œuvres d'art ne montre pas l'impossibilité de l'Esthétique, mais tout au contraire sa nécessité. Mais, pour cela, il faut repenser l'Esthétique d'une manière réellement pluraliste, en reconnaissant la diversité de ses buts comme la diversité des formes d'art.

- L'ESTHÉTIQUE COMME PRAGMATIQUE

Jean-Pierre Cometti (Université de Marseille-Aix en Provence) : Entre être et faire: l'esthétique à la croisée des chemins
Nelson Goodman soutenait que ce qui compte n'est pas ce que l'art est, mais ce qu'il fait. L'esthétique analytique post-goodmanienne a largement remis à l'ordre du jour les questions de définition qui avaient inspiré la méfiance de Goodman et des philosophes de sa génération. Dans ce domaine comme dans d'autres, l'ontologie est revenue en force. La présente étude se propose de réexaminer les termes du débat et de plaider en faveur d'une esthétique qui, en renonçant au paradigme de l'objet, s'engagerait résolument dans la voie d'une approche intégralement pragmatique et contextualiste: une esthétique sans ontologie!

Luciano Vinhosa (Université de Rio de Janeiro / Brésil) : Penser l'œuvre dans son sens élargi
Devant la place que l'objet "sans qualité" occupe sur la scène contemporaine, j'ai adopté le point de vue du public et je me suis interrogé sur la singularité de la pratique de l'artiste et sur l'objet de cette pratique: l'œuvre d'art. Si se référer à la pratique artistique implique la reconnaissance de son statut différentiel dans le champ social, ce serait parce que l'objet de cette pratique procède d'un mode particulier de fonctionnement qui lui assure une autonomie. La philosophie de l'usage esquissée par Jean-Pierre Cometti (2000) et la notion d'horizon d'attente du récepteur développée par Hans Robert Jauss (1978) constitueront le ciment théorique de mon analyse.

Carole Talon-Hugon (Université de Nice) : Pour une esthétique non formaliste
Je m'interroge ici sur le bien fondé de la prescription doxique d'une attitude formaliste face aux œuvres de l'art, non par le biais de l'examen critique de l'idée d'expérience esthétique mais de manière indirecte, en examinant les liens étroits qui lient une telle esthésique à une ontologie et à une axiologie formalistes des œuvres à plusieurs égards critiquables. Cela suppose de montrer 1) que l'artistique formaliste est l'unique assise possible de l'esthésique formaliste et 2) qu'une telle artistique ne vaut pas pour tous les genres artistiques, qu'elle ne convient pas pour les œuvres d'avant la modernité, et qu'elle est devenue largement intenable aujourd'hui.

Ronald Shusterman (Université Bordeaux III) : Les Delvoye, Duchamp, et "autres" Kapoor : pour une théorie agrammaticale de l'art
Ce titre comporte intentionnellement un barbarisme décrié par les puristes de la langue française. En effet, cette locution, "les x, y et autres z", souvent utilisée par les journalistes, est incorrecte si la dernière catégorie n'est justement pas un domaine générique comprenant les deux exemples initiaux. Il ne faut donc pas écrire (comme le signalait un lecteur agacé de Télérama) "les Zidane, Henry et autres Platini" mais plutôt "les Zidane, Henry et autres joueurs de talent", puisque Zidane et Henry sont des joueurs de talent, et non pas des Platini. De même, Delvoye et Duchamp ne sont justement pas des Kapoor. Or cette règle de grammaire postule une fixité de la catégorisation et une aisance à classifier que l'art ne respecte plus depuis bien longtemps. Je propose donc de formuler une esthétique agrammaticale, où ce pluralisme n'est pas un obstacle à l'effort de théorisation mais sa raison d'être. Une grammaire, c'est un système de normes coercitives qui tentent non seulement de décrire le phénomène langagier mais aussi de le réguler; une théorie agrammaticale de l'art pourrait décrire sans juger, sans se transformer en manifeste. Enfin, on pourra se demander si la langue elle-même ne mériterait pas le même traitement agrammatical, rhizomique ou "zeugmatique", tant les concepts et les catégories sont ouverts et plastiques. L'analyse évoque divers concepts de Danto, Dickie, et d'autres philosophes, ainsi que de nombreux exemples plastiques et un texte des Monty Python.

- L'ESTHÉTIQUE AUX CONFINS DE L'HISTOIRE

Marc Jimenez (Université Paris I) : L'art contemporain pense le monde
Au-delà de tous les doutes, des incertitudes, des suspicions et des tentatives d'absorption par l'institution ou le marché, on continuera d'appeler "art" cette pratique délibérément à l'écart, ni moderne, ni postmoderne, rebelle au formatage culturel, médiatique et consumériste de la "société du spectacle".
Qu'importe, dès lors son nom de baptême! La transgression elle-même n'est plus de mise. Soit. Elle se révèle obsolète devant le renouvellement imprévisible des matériaux, des procédures et des formes. Certes. Il n'empêche qu'en se donnant pour tâche de dévisager crûment et parfois cruellement la réalité, l'art du XXIe siècle s'annonce comme étant l'art de l'iconoclastie permanente. Et cette iconoclastie est tout d'abord auto-destructrice: l'art prend le risque de briser sa propre image séculaire, celle d'un art sublimé, finalement consensuel, pour mieux dire ce que le monde devient, au présent, sous nos yeux.
Déconcertant, dérangeant, scandaleux pour certains, innovant, inventif pour d'autres, le jeu parodique nommé "art" est bien peu de chose comparé à ce que ce monde, dans son organisation actuelle, est capable d'engendrer. Quoi que fassent les artistes contemporains, leurs œuvres les plus incongrues, les plus provocantes et en apparence les plus barbares, sont bien loin de concurrencer en incongruités, en atrocités et en épisodes sanglants le réel tel qu'il nous parvient quotidiennement à travers son écho médiatique et électronique.

Jean-Marc Lachaud (Université Paul Verlaine-Metz) : Notes pour la sauvegarde d'une réflexion esthétique critique
Au regard de la situation incertaine de l'art et de la culture à l'époque du néo-libéralisme triomphant, des capacités du monde administré à assimiler l'éventuelle puissance critique des œuvres, de l'avènement d'un art du divertissement et d'une culture kitsch, des intentions et démarches singulières assumées par les artistes, n'est-il pas urgent, pour qui souhaite sauvegarder une réflexion esthétique clairement critique (ce qui relève d'un choix philosophique et politique, puisqu'il s'agit de ne négliger ni la nécessité de la résistance ni (ne serait-ce que sous la forme d'un pari) le risque de l'utopie, de se heurter sans préjugés aux frasques de l'art d'aujourd'hui, de mesurer la capacité de ce dernier à scruter la peau, la chair et les entrailles du monde, de créer les conditions pour qu'autour de ces œuvres licencieuses se noue un échange susceptible de questionner la vie vécue et, peut-être, d'imaginer un autre destin, de faire front?

Bertrand Rougé (Université de Pau et des Pays de l'Adour) : L'ironie sans fin de l'art. Pour un "grand récit" du renouement
A partir d'une analyse des Boîtes Brillo et du contexte historique et artistique dans lequel elles s'insèrent, on tente de montrer comment, loin de préparer la "fin de l'art" décrite par Danto-et donc la fin de l'esthétique qui pourrait s'ensuivre-, le Pop Art se fonde sur une attitude ironique qui, au contraire, dépasse le discours de la rupture et de la "fin de l'art" (qu'il soit moderne ou postmoderne) au profit d'un "grand récit" du renouement du lien vivant avec le passé de l'art. Il en découlerait la nécessité que l'esthétique fût une ironique.

Jos de Mul (Université Erasmus Rotterdam / Pays-Bas) : Résonances de la mort de Dieu. Après les fins de l'art
Dans les théories esthétiques de ces dernières années, on peut repérer un grand nombre de résurgences de la thèse hégélienne de la mort de l'art; notamment dans l'œuvre d'Arthur Danto. Reprenant l'idée que l'histoire de l'art est celle de L'Esprit prenant progressivement conscience de lui-même comme Esprit, Danto soutient que, dans les œuvres de Duchamp et de Warhol, l'art est devenu sa propre philosophie. J'interpréterai ici la thèse hégélienne dans une perspective nietzschéenne: celle de la mort de Dieu.
Selon Nietzsche, il faut beaucoup de temps, des siècles peut-être, avant que les conséquences de la mort de Dieu ne se fassent clairement sentir. Nonobstant, nous pouvons en entendre les résonances et voir les ombres du Grand défunt. Je défendrai ici la thèse que l'art moderne est l'un de ces échos ombreux. Depuis le romantisme en effet, l'art moderne s'est développé selon une trame narrative qui, sous une apparence séculière, reproduit le récit eschatologique du christianisme. À la fin des années quatre-vingt, la foi dans les grands récits politiques (tout particulièrement le communisme) et l'espoir que l'art a le pouvoir de nous conduire vers un avenir meilleur se sont soudainement effondrés. La crise de l'art (post)moderne art me paraît être une - "la dernière?" - survivance de la mort du Dieu chrétien. En m'appuyant sur quelques exemples d'art contemporain, je mettrai en évidence les trois principales stratégies artistiques qui envisagent cette mort de Dieu: la première cherche le salut dans la restauration de certains "fondamentaux", la seconde nous invite à pousser le nihilisme jusqu'à son terme, la troisième exalte l'immanence de la transcendance dans l'ici et le maintenant.

Bernard Lafargue (Université Bordeaux III) : L'Idée d'une esthétique critique et polyphonique face à l'éternel retour de l'art en son âge mondial et pa(n)ïen
Je pars d'un constat: le pluralisme inédit des figures de l'art, qui se fait jour dans les années soixante ; dès lors que la libéralité du pop art selon Danto supplante la nécessité historique de l'art abstrait selon Greenberg.
Puis, j'analyse la manière dont la tradition philosophique, de Hegel à Danto, en passant par Heidegger et Greenberg, pense le pluralisme comme la fin d'une certaine conception moniste et formaliste de l'histoire (de l'art) dans le feu d'artifice crépusculaire d'une culture démocratique en passe de perdre son âme pour abus de beauté.
À ce grand récit, voué à (dé)considérer avec "le naturel philosophe" platonicien le multiple comme une dissolution triste ou risible de L'Un du Parménide mis en Histoire par Hegel, j'oppose le schème nietzschéen de l'éternel retour du pessimisme dionysiaque de l'art, tel qu'il se manifeste aujourd'hui dans une période, que j'analyse comme une renaissance de la démocratie grecque en son âge post romantique, mondial et pa(n)ïen, pour proposer l'Idée d'une esthétique critique et polyphonique dans ses zeugmes mêmes.








Figures de l'Art n° 10

© PUBLICATIONS DE L'UNIVERSITE DE PAU
BU Sciences
Avenue de l'Université
64000 Pau

Publié avec le concours du Centre National du Livre
ISBN 2-908930-94-3
ISSN 1265-0692


Figures de l'art, N° 10
Bernard Lafargue

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Mise en ligne 30/03/2002 - Hébergé sur Marincazaou-Le Jardin Marin
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