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Revue d'Etudes Esthétiques


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Figures de l'art n° 6 : "Anges et chimères du virtuel"


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AVANT-PROPOS














SOMMAIRE / TABLE OF CONTENTS



AVANT-PROPOS

Bernard Lafargue : Le double jeu du virtuel


LA PUISSANCE A L'ACTE


Michel Adam (Université de Bordeaux III) : Court traité d'angélologie

Marie-Dominique Popelard (Université de Paris III) : Quelques conditions d'un dialogue avec Gabriel

Christine Escarmant (Université deToulouse): De aureolae atque de virtuali animae virtute

Jean Arrouye (Université d'Aix en Provence) : Un virtuel spectaculaire

Isabelle Rieusset-Lemarié, (IUFM Versailles/Université Paris X) : La médiation de la nourriture dans l'interaction avec des créatures virtuelles: du "repas" de l'ange aux philosophies de la chair

Lorraine Verner (Chicoutimi, Université du Québec) : Le "mordant" du possible et la virtualisation du réel par l'imaginaire. À propos de Marcel Duchamp et de la 4e dimension en art


ANTHROPOLOGIE DU CORPS VIRTUEL AU TEMPS DU CYBERSPACE


Lydie Pearl (Université de Bordeaux III) : L'éternelle virtualité du Peuple souverain Francis Jauréguibérry, (CNRS) : L'art de la fugue identitaire sur internet

Julien Beaufreton (Paris I) : Loft story ou l'élection d'un couple télégénique

Bernard Andrieu (IUFM Nancy) : Mobilités virtuelles du corps vivant


DES VIRTUALITES DE L'ART AUX ARTS DU VIRTUEL


- PEINTURE ET PHOTOGRAPHIE

Corinne de Thoury (Bordeaux) : Le sacrifice virtuel d'Isaac

Véronique Dalmasso et Valérie Petit (Université d'Amiens) : L'histoire de Nastagio degli Onesti de Sandro Botticelli, la représentation d'une chasse virtuelle

Jean Arrouye (Université d'Aix en Provence) : Les paysages virtuels de Richard Diebenkorn

Didier Valhère (Université de Paris I) : La photographie virtuelle de l'ambivalence

Olivier Long (Université de Paris I) : L'intelligence artificielle : Une idiotie?

Paul Ardenne (Université d'Amiens) : LawickMüller, du morphing à la figure métamorphique

- MUSIQUE ET VIDEO

Bastien Gallet (Paris, Directeur de Musica Falsa) : La musique est pleine de trous: histoires de vides de Varèse à King Tubby

Élisabeth Magne (Bordeaux III) : Esthétique et jeux vidéo

Olivier Lussac (Université de Rouen) : L'oreille au-dessus du barrage. Virtualités de l'espace sonore

Danièle Méaux (IUFM d'Amiens) : Pierrick Sorin - L'enchantement des images

Véronique d'Auzac de Lamartinie (Université de Paris I) : Bestiaires et anges virtuels de l'art contemporain

- ARTS DU SPECTACLE

Corine Pencenat (Critique d'art Art press, Beaux Arts) : Orgia

Corinne Rondeau (Université deToulouse) : Vidéodrome, eXistenZ, Matrix = Virtuel vs possible

Bernard Lafargue (Université de Bordeaux III) : De Blade Runner à A.I. : Une machine plus humaine que l'homme

- NET ART

Agnès Dargent Musardage sur le net : l'expérience esthétique des sites JODI et sodaplay

Nicolas Thély (Paris I Sorbonne) : L'esthétique de la webcam

Paul Ardenne (Université d'Amiens) : L'œuvre d'art en promenade sur le réseau (la forme-passage comme fatalité historique)








RESUMES



RÉSUMÉS DES TEXTES FIGURES DE L'ART 6 : "ANGES ET CHIMÈRES DU VIRTUEL"

Corinne de Thoury : Le sacrifice virtuel d'Isaac

La grande figure biblique d'Abraham est suspendue à des virtualités, une Promesse d'abord, une épreuve ensuite, l'une et l'autre envoyées par Dieu. La Promesse engendre la naissance d'un fils, Isaac, et l'épreuve exige sa mise à mort. En représentant Le sacrifice d'Isaac, Rembrandt, suivant une longue tradition, éclaire la victime, mais il pointe aussi avec audace l'énergie du virtuel jusqu'à interroger la peinture elle-même dans les rapports qu'elle entretient avec l'acte et la puissance.

Christine Escarmant : De aureolae atque de virtuali animae virtute

Sur la base d'un manuscrit latin du XIXe siècle qui s'étend sur la nature des auréoles et sur leurs diverses manifestations dérivées ou originelles, on s'interroge sur la réalité des auréoles. Cette interrogation amène à définir le virtuel sacré et par conséquent la nature de l'immatérialité de la matière psychique, ses actualisations, ses représentations, l'auréole étant la "forme d'un intelligible" intermédiaire qui participe du divin et de l'humain.

Jean Arrouye : Un virtuel spectaculaire

Dans son recueil Automnales, Daniel Boulanger réunit de courts poèmes dont certains n'accèdent à leur pleine signification qu'en exploitant les virtualités sémantiques de l'espace qui les suit et parfois aussi de celui qui les environne. Sous l'injonction du texte ces zones vides deviennent étendue neigeuse, eau tranquille, ciel illimité, lieu d'expansion de la lumière, du souvenir ou de la rêverie… Corollairement la dimension visuelle du texte peut devenir signifiante. Ainsi se découvre et s'explore ce qu'on peut appeler un virtuel spectaculaire.

Isabelle Rieusset-Lemarié : La médiation de la nourriture dans l'interaction avec des créatures virtuelles: du "repas" de l'ange aux philosophies de la chair.

On interrogera le rôle de la nourriture dans les échanges des humains avec des créatures irréductibles au même monde (des anges aux créatures artificielles). Si la conception par Merleau-Ponty de la chair comme élément prolonge celle d'Aristote, ce dernier l'associe au toucher appréhendé comme "sens de la nourriture". On analysera dans quelle mesure le nouveau paradigme de la conception des créatures virtuelles ressortit à l'approche aristotélicienne qui fonde la sagacité de la faculté de connaître sur les qualités sensibles de la chair et sur la faculté première de la nourriture. On examinera en quoi la dépendance des créatures virtuelles (tamagoshi,virtual pets) à l'égard d'un don de nourriture relève d'une conception de l'autonomie irréductible à l'autosuffisance.

Lorraine Verner : Le mordant du possible et la virtualisation du réel par l'imaginaire. À propos de Marcel Duchamp et de la 4e dimension en art

L'article est consacré à la question des rapports du réel et du virtuel dans l'art et la pensée de Marcel Duchamp, notamment à propos des tentatives de l'artiste de figurer dans un espace à 3 ou à 2 dimensions, l'espace à 4 dimensions et les objets qui s'y trouveraient. Cette question est importante par les problèmes les plus généraux qu'elle pose dans le champ de l'art, de la théorie esthétique comme pour les relations entre art et science. Le fait de virtualiser le réel par une construction théorique permet à Duchamp d'introduire les concepts d'entité imaginaire, de possible, d'intuition créatrice et d'infini générateur, tels qu'ils ont été mis en avant dans la conception géométrique de la quatrième dimension au dix-neuvième siècle et au tournant du vingtième siècle. Par la notion de virtualité envisagée du point de vue de la perception visuelle et sonore, Marcel Duchamp propose une possible rencontre entre les fonctions sensibles de l'œuvre d'art et la question de la tactilité, de l'érotisme et du désir comme approche physique de la 4e dimension d'une part, et les fonctions cognitives de l'œuvre et la construction mentale et géométrique de l'entité imaginaire à 4 dimensions d'autre part.

Lydie Pearl : L'éternelle virtualité du Peuple souverain

L'idéal démocratique fut prôné, projeté, idéalisé par des peintres révolutionnaires comme David pour la Révolution française, Malévitch pour la Révolution russe. Mais peut-on vraiment représenter cet idéal? Actuellement, au sujet du Web, on parle de la possibilité, donc de la réalité, d'une démocratie directe. Cependant, le réseau de la Toile, avec cette utopie nouvelle sur un support "virtuel", ne serait-il pas, au contraire, la preuve de l'éternelle virtualité du Peuple souverain?

Francis Jauréguiberry : L'art de la fugue identitaire sur internet

Les otakus, en caricaturant la manipulation de leur identité sur Internet, nous parlent de la souffrance ou de la difficulté de l'individu contemporain à être un sujet capable de relever le défit de la gestion de son identité. Le recours à des soi fictifs peut conduire à deux extrêmes. Soit à la dissolution de l'individu dans sa réalité virtuelle, soit à l'expérimentation critique des limites de son moi par le sujet. Dans le premier cas, goûtant sans retenue aux délices de la reconnaissance de ses fantasmes par le réseau, l'individu risque de s'enfermer dans une pratique compulsive d'Internet, le conduisant à développer une attitude schizophréno-autistique. Dans le second, l'expérimentation de l'altérité peut conduire l'individu à mieux se replacer dans le monde et à repenser ses limites identitairesdans une attitude plus ouverte et créatrice.

Julien Beaufreton : Loft story ou l'élection d'un couple télégénique

La première saison du jeu télévisé Loft Story (avril-juin 2001) a produit des images qui ont été autant détestées qu'adorées. Les uns idolâtrèrent l'émission, encensant la beauté télégénique des participants au jeu, les autres la condamnèrent, stigmatisant son érotisme sous-jacent ou la vacuité de son propos, mais dans le fond, un point commun semble les réunir: la confusion qui consiste à prendre ces images pour le réel lui-même. Il est vrai que le médium choisi (vidéo-surveillance et direct) encourage à croire que la télévision est devenue la réalité, d'autant que cet apparent mensonge est étayé par la rhétorique d'un puissant appareil publicitaire, comprise dans les termes d'une stratégie du poncif, et dont l'objectif, défini par l'exigence d'audimat, semble être de persuader le téléspectateur, plongé dans le jeu de l'interactivité, qu'il peut modeler à sa guise l'image de Loft Story, c'est-à-dire qu'il peut changer la vie, puisque Loft Story, c'est la vie. Voilà l'équivalence clandestine qui gouverne la production de ces images, dont le présent texte se propose d'analyser le fonctionnement.

Bernard Andrieu : Mobilités virtuelles du corps vivant

L'opposition entre possibilités biologiques et potentialités virtuelles des soma techniques transforme la définition du corps. Chaque individu dispose librement de son corps pour y traduire sa mobilité affective, relationnelle et cognitive. On osera ici imaginer ce que pourrait un corps nourri de somatechnies.

Véronique Dalmasso et Valérie Petit : L'Histoire de Nastagio degli Onesti de Sandro Botticelli, la représentation d'une chasse virtuelle.

Lorsque l'Histoire de Nastagio degli Onesti, chasse infernale narrée au cours de la cinquième journée du Décaméron de Boccace, est peinte par Sandro Botticelli, toutes les virtualités de l'image semblent se déployer afin de faire surgir l'apparition cruelle et obsédante de deux créatures damnées. L'idéal figuratif du Quattrocento, où des figures féminines à la beauté parfaite animent des décors réalistes traités en perspective, est alors subtilement détourné afin de représenter le destin en puissance d'un jeune homme soumis à la vision d'un mauvais rêve. Le dernier des quatre panneaux pliera à nouveau la représentation de la réalité à la rigidité des lois optiques et mathématiques et, chassant ainsi l'apparition, permettra la mise en place de l'ordre moral et social souhaité par le commanditaire.

Jean Arrouye : Les paysages virtuels de Richard Diebenkorn

L'œuvre du peintre américain Richard Diebenkorn se partage en trois périodes. Durant la première, il pratique une peinture expressionniste abstraite influencée par la topographie et le coloris des régions où il peint, de sorte qu'on a pu la considérer comme une pratique allusive du paysage. Ensuite, pendant dix ans, Richard Diebenkorn est figuratif. Enfin il invente une peinture claire de grand format qui, récusant toute ressemblance directe avec les paysages naturels, se préoccupe essentiellement d'espace et de lumière et touche la sensibilité en cet "arrière-pays" où, dit Yves Bonnefoy, se découvre "le surcroît de l'être dans l'intensité de ses apparences". Pour ces effets esthétiques et esthésiques cette peinture dernière de Richard Diebenkorn peut être considérée comme peinture de paysages virtuels.

Didier Valhère : La photographie virtuelle de l'ambivalence

Par convention culturelle, la photographie a toujours été considérée comme un témoin fidèle de la réalité malgré ses capacités à transformer le monde. Aujourd'hui les technologies informatiques nous introduisent à l'ère du virtuel qui nous ouvre à des mondes nouveaux tout en exacerbant la précision du simulacre. La nature du réel s'en trouve pervertie sinon transformée avec parfois une subtilité telle que nos repères qui définissent la frontière tenue entre vrai et faux (entre la réalité qui n'est qu'une fiction collective partagée et l'imaginaire qui l'enrichit en s'affirmant comme autant de réalités subjectives) s'en trouvent fragilisés, troublés. Des artistes photographes exploitent cette limite où le monde peut basculer dans un invraisemblable presque crédible. L'imaginaire va-t-il transformer notre vision cartésienne du monde?

Olivier Long : L'intelligence artificielle, une idiotie?

Chaque événement nous rend idiot. Car l'idiotie, c'est le retard sur ce qui arrive. Comment anticiper l'événement sinon par calcul? Le réel est pourtant ce qui surprend le possible, disait Bergson. Ceci signifie que le virtuel est au-delà du calcul, du possible, des projets de science-fiction les plus futuristes, il est une puissance d'événement immanente au réel même. "Idiot" signifie également non séparé, immanent, impossible à dédoubler. Le réel est idiot. Comment cette puissance d'événement immanente au réel se manifeste-t-elle dans l'œuvre technologique, si l'œuvre est par nature événement, et si l'événement disjoint, surprend tout horizon d'attente, toute prévisibilité, toute calculabilité? D'un point de vue différent, l'événement fait retour. Cette réitération de l'événement permet de poser l'hypothèse d'un réel en calcul. Calcul effectué sans transcendance, il montre à l'œuvre un virtuel machinique. Comment certains artefacts peuvent-il entrer en intelligence avec la répétition qui travaille un réel idiot? En quelques loopings, par bouclage, une œuvre interactive de Claude Closky nous donne à découvrir une forme d'intelligence artefactuelle idiote.

Paul Ardenne : LawickMüller, du morphing à la figure métamorphique

L'usage du morphing par le tandem d'artistes LawickMüller est l'occasion d'interroger la figure du double, le fantasme du dédoublement et le mythe de la réalisation parfaite du soi. De la Folie à deux (1994) à PERFECTLYsuperNATURAL (1999), on décèle une même interrogation hantée par le délire du corps d'être, à la fin, causa sui: comment cumuler sur mon nom seul l'image de moi et celle de l'autre, en particulier celle de mon autre mythique, le héros, le dieu?

Corine Pencenat : ORGIA

Il sera question de comment un metteur en scène, scénographe, auteur et performeur à ses heures a entendu en 2002 la révolte de Pier Paolo Pasolini que la pièce Orgia, montée en 1968 par l'auteur, livre au public. La violence de la situation décrite par le texte (relations sado-masochistes, meurtre et infanticide!!!) est relayée par un parti-pris de mise en images subtil qui fait de chaque spectateur un participant, et pas seulement le témoin d'une histoire dont les enjeux sont aussi déstabilisants que la méditation de Louis Marin sur L'Ange du virtuel. En 2002, la puissance disjonctive de la figure de l'ange agit par un usage anti-spectaculaire des nouvelles technologies laissant chaque spectateur retourner la dernière phrase de la pièce en une question vitale: le jour venu saura-t-on faire un bon usage de la mort?

Paul Ardenne : L'œuvre d'art en promenade sur le réseau (la forme-passage comme fatalité historique)

La modernité artistique a multiplié les formes d'art mobiles: déplacements de l'artiste dans l'espace, œuvres que l'on peut mouvoir ou utiliser comme véhicules, etc. L'œuvre de type Net Art, pour sa part, est consubstantiellement mobile, elle n'existe qu'à la condition d'être transportée d'un Screening à l'autre, au rythme sinon au hasard de la demande qu'exprime le réseau, indiscernable. Un risque: la délocalisation de l'œuvre, la dispersion topographique, l'expansion illimitée et incontrôlable du territoire de l'art.

Agnès Dargent Musardage sur le net: l'expérience esthétique des sites JODI et sodaplay

Internet est plus qu'une technologie. C'est un espace, un monde virtuel nouveau bien réel et matériel, où se passe une rencontre d'un nouvel ordre entre les individus. De ce contexte va émerger le net.art. En puissance dans certaines tendances de l'art contemporain, il attendra l'explosion du World Wide Web pour émerger. Wwwwwwwww.jodi.org et www.sodaplay.com sont deux œuvres issues de ce mouvement. JODI joue avec le code, avec nous. L'expérience est fascinante. Sodaplay, quant à lui, nous invite à jouer avec la machine et avec la "bête" qui y habite.

Nicolas Thély : L'esthétique de la webcam

Les webcamés sont-ils des artistes? L'utilisation domestique de la webcam nous invite à repenser les pratiques artistiques liées aux arts visuels. Sans remettre en cause les concepts de dispositif, de performance, la webcam en marque les limites et les contradictions. L'objectif de notre article est de comprendre quels sont les effets produits par l'arrivée d'une nouvelle image dans le champ de l'art et du non-art.

Bastien Gallet : La musique est pleine de trous: histoires de vides de Varèse à King Tubby

Il est question des vides que la musique recèle. Non des moments où elle se fait silencieuse mais de ceux où elle s'évide, se creuse, se troue. Il y a une histoire de ces vides du dub jamaïcain à la drum'n'bass anglaise, une histoire qui recoupe celle du cut, la coupe/découpe des échantillons. Il y en a une autre qui commence avec Varèse (et ses Déserts) et court jusqu'à Olga Neuwirth et les VOIDS de Daniel Liebeskind dans le Musée juif de Berlin. Autant de manières d'ouvrir dans la musique une autre dimension, celle d'un contre-temps voire, plus profondément, d'une a(na)chronicité (ces zones où le temps se plie ou s'absente).

Elisabeth Magne : Esthétique et jeux vidéo

En croissance exponentielle, le marché des jeux vidéo commercialise une nouvelle imagerie où les prouesses techniques de restitution d'un pseudo-réel tiennent lieu de critère de qualité esthétique. Le corps est invité à épouser ces nouveaux espaces et ces nouveaux temps. Le "ça-a-été-là" de Barthes tombe en désuétude au profit d'un "ici et maintenant" transgressant jusqu'à saturation les limites physiques et proprioceptives de nos sensations. Désormais le virtuel n'est autre qu'un mode d'être du réel. L'art, qu'à défaut de mieux on qualifie d'électronique, investit ce continent déterritorialisé, accessible via de nouveaux modes d'appropriation sensorielle; bouleversement épistémologique pour ces œuvres dont le déploiement attend notre présence.

Olivier Lussac : L'Oreille au-dessus du barrage Virtualités de l'espace sonore

"L'espace n'est pas seulement le cadre dans lequel se déroulerait une expérience auditive, il en est une composante essentielle: il n'y a pas de son existant hors de tout espace, sans caractéristique de sa propagation dans ou à travers un espace. De la même façon, l'espace est pour le son autre chose qu'un milieu ou un environnement, au sens où ces mots désignent le contenant d'un événement; quelque chose qui l'envelopperait mais en quelque sorte lui demeurerait structurellement extérieur." Si le son par son immatérialité reste un moyen d'étendre notre perception, il est aussi, selon Pierre Mariétan, "un moyen de créer des espaces virtuels superposés aux espaces fonctionnels", c'est-à-dire le lieu artistique et naturel des sculptures sonores.

Véronique d'Auzac de Lamartinie : Bestiaires et anges virtuels de l'art contemporain

L'art contemporain en réseaux et l'espace virtuel des nouveaux médias enveloppent le spectateur dans une sphère protectrice, l'entraînent dans des aventures pleines de chimères fantastiques et parsemées de bêtes surprenantes. Deux exemples s'imposent dans cet univers étrange: un bestiaire extraordinaire, un ange instaurateur d'un nouvel ordre sidéral porteur de multiples messages. Ils démontrent avec puissance la transformation opérée par ce paysage virtuel qui s'affirme comme une remise en cause radicale de plusieurs questions fondamentales sur les relations entre l'homme et "son" monde.

Corinne Rondeau : Vidéodrome, eXistenZ, Matrix = virtuel vs possible

Un écran d'ordinateur, un écran de téléviseur et un tableau noir : voici les premières images de Matrix,Vidéodrome et eXistenZ. Chacun de ces films propose un rapport ambigu à la réalité tout en affirmant que la "réalité" (ou le "réel") n'est pas ce qu'elle est mais ce que l'on en voit, ou ce que l'on nous en fait voir. Chacun d'eux met en tension l'implication d'un regard dans un rapport à l'image. Hallucinations pour Vidéodrome, monde de nouveaux possibles pour eXistenZ, programme informatique pour Matrix. La problématique qui opère, avec plus ou moins de pertinence, dans chacun d'eux est, qu'implicitement ou explicitement, la perception est fondée sur la permanence de ce rapport à l'image.

Danièle Méaux, Pierrick Sorin - l'enchantement des images

Les œuvres réalisées depuis vingt ans par Pierrick Sorin témoignent d'une évidente fascination pour la magie des effets visuels, pour le potentiel divertissant de l'image-mouvement: ses travaux renvoient aux fantaisies de Méliès, au burlesque américain comme aux jeux optiques qui préfigurèrent l'avènement du cinéma. Conjuguant l'illusionnisme loufoque et la dérision, ils s'écartent de l'austérité des avant-gardes pour restituer le spectateur à l'étonnement.

Marie-Dominique Popelard : Quelques conditions d'un dialogue avec Gabriel

Qu'est ce que la peinture nous dit du dialogue entre Gabriel et Marie? Convoquant les Annonciations de Bellini, Zurbaran, Martini et Piero della Francesca, cet article met en évidence la virtualité des conditions de possibilité de la parole et de ses malentendus.

Michel ADAM : Court traité d'angélologie

C'est chez Thomas d'Aquin qu'on trouve la meilleure définition de l'ange. Dépourvu de corps, l'ange a un savoir purement intelligible, bien supérieur à celui de l'homme. La connaissance sensitive de l'homme est discursive, celle de l'ange est intuitive. L'ange connaît chaque être à partir de sa vraie source: Dieu. Comment alors peut-il y avoir de mauvais anges?… Il faut distinguer, chez les anges, le possible du virtuel. Leur possible est ce qu'ils comprennent de la tâche que Dieu leur confie ; leur virtuel est la volonté même de Dieu.

Bernard lafargue : De Blade Runner à A. I.: une machine plus humaine que l'homme

La perfectibilité est à l'homme ce que l'instinct est à l'animal. Habitant le virtuel, l'homme est destiné à devenir sans fin ce qu'il est. Quel comité de sages pourrait fixer une limite aux métamorphoses d'un être totipotent, protéiforme et prothétique? L'humanité n'est jamais acquise, mais en "hominiscence", selon le mot si juste que Michel Serres forge sur le modèle d'"adolescence". L'immense mérite des films de science-fiction est de nous faire (pré)voir quelques figures possibles de l'homme de demain. De Blade Runner à A. I. tout se passe comme si, la machine virtuelle devenait le modèle de l'homme.











Figures de l'Art n° 6

© PUBLICATIONS DE L'UNIVERSITE DE PAU
BU Sciences
Avenue de l'Université, 64000 Pau

Publié avec le concours du Centre National du Livre
ISBN 2-908930-82-X
ISSN 1265-0692








LIENS




www.ladonia.net
www.ladonia.net
Royaume de Ladonie
Ce royaume virtuel, dont la superficie totale ne dépasse pas le kilomètre carré, au bord d'une réserve naturelle du sud de la Suède, a été créé par un artiste, Lars Vilks, en 1996. Ce pays imaginaire compte déjà plus de 6000 âmes. (Source : cyberpresse)

CHIMERE chèvre-lion pour l'Inconscient Belle-Epoque : horizons chimériques pour des arts de vivre à venir ; plantes composées à partir de tissus relevant de génotypes différents ou, en d'autres termes que ceux du Petit Robert, rhizome organique, comme emblème paradigmatique des inconscients machiniques-futuristes-constructivistes. Et traversant, impavide, les zones confondues de sens et de non sens : poisson long au corps argenté... La schizoanalyse s'accomodera de toutes ces acceptions du terme.
Par conséquent, plus de théorie standard obligatoire. Des cartographies d'événements et des circonstances ; des états des lieux du possible et du virtuel. Théorie-chimère pour méta-modélisation de singularités et de processus foncièrement non modélisables.
Félix Guattari, Chimères n° 1
CHIMAERA
A site dedicated to the Chimaera (or Chimera) Myth, by Ugo Bardi

La chimère. Bronze trouvé dans la ville D'Arezzo (Italie) en 1551
cliquez pour agrandir l'image Fujita, 1930


Quelques articles en ligne :


Pierre Lévy,
- "Chorégraphie des corps angéliques. Athéologie de l'intelligence collective"
(L'Intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberespace, Paris, La Découverte, 1994)

- Sur les chemins du virtuel


Jean-Philippe Milet,
Des "fictions calculées". Quelques éclaircissements tirés de Rilke et de Heidegger sur les technologies de la simulation

(Res Publica n° 18 (2ème trimestre 1998)



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Mise en ligne 30/03/2002 - Hébergé sur Marincazaou-Le Jardin Marin
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