Les Mots et les Jours

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Ce livre est sans couverture parce qu'il est ouvert et libre : on a écrit avant lui ; on écrira après lui. Felisberto Hernández.


Le seul bagage qui aide à vaincre le temps de la chronologie et à participer de l'autre, l'absolu, est un bouquet de textes, un florilège auquel on a loisir de se référer à tout moment de l'existence.
(Robert Pinget)


Quelle sera sa phrase d'aujourd'hui?
Que sa plume réponde sans lui. Il voudrait être absent de ce qu'il écrit.
Tant pis si sa phrase reste sans question.
Robert Pinget, Taches d'encre,1997 - phrase incipit du 13 août 2001


En un village de la Manche, du nom duquel je ne me veux souvenir, demeurait, il n'y a pas longtemps, un gentilhomme de ceux qui ont lance au râtelier, targe antique, roussin maigre et levrier bon coureur.
Miguel de Cervantes, L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche


Il faut boire pour se souvenir et manger pour oublier.
Pepe Carvalho, alias M.V.Montalbán


C'est venu comme un rêve, ainsi, tout seul, et tout à coup on se réveille et on s'aperçoit que le rêve était vrai et que son histoire terrible signifiait quelque chose.
J.M.G. Le Clézio, Les Géants


Le plus grand danger à l'heure actuelle n'est pas, si je puis dire, dans les événements eux-mêmes. Il n'est même pas dans les dispositions réelles des chancelleries si coupables qu'elles puissent être, il n'est pas dans la volonté réelle des peuples, il est dans l'énervement qui gagne, dans l'inquiétude qui se propage, dans les impulsions subites qui naissent de la peur, de l'incertitude aiguë, de l'anxiété prolongée. A ces paniques folles les foules peuvent céder et il n'est pas sûr que les gouvernements n'y cèdent pas.
Jean Jaurès,"Sang-froid nécessaire" in L'Humanité, 31 juillet 1914


Cultiver les plaisirs de mes sens fut dans toute ma vie ma principale affaire ; je n'en ai jamais eu de plus importante. Me sentant né pour le sexe différent du mien, je l'ai toujours aimé, et je m'en suis fait aimer tant que j'ai pu. J'ai aussi aimé la bonne table avec transport...
Casanova, Histoire de ma vie


Les pages qui remontent en nous alors qu'on n'est pas en train de les lire, les phrases et les propos d'autrui qui reviennent comme les jours sans qu'on leur passe commande, n'appartiennent plus seulement à la littérature. Il font partie de notre individu au même titre que nos humeurs. Alors, comme si leurs auteurs détenaient sur nous une documentation personnelle, nous nous mettons à les consulter plus avidement qu'un horoscope ou qu'une voyante. On s'essaie à deviner pourquoi ils nous tirent obstinément les mêmes cartes. C'est le temps de l'essai qui, comme Merlin, prophétise aussi bien le passé que l'avenir et nous échappe jusqu'à la fin.
J'ai réuni dans ce livre la famille insistante. Celle choisie par le caractère, l'agent secret de nos vies, avant même que je commence à savoir pourquoi.
Florence Delay, La séduction brève, Gallimard, 1997


El sueño de uno es parte de la memoria de todos / Le rêve d'un homme fait partie de la mémoire de tous
Jorge Luis Borges, El Hacedor / L'auteur


Que la civilisation est loin de procurer les jouissances attribuables à cet état ! on doit par exemple s'étonner qu'une association entre les rêveurs, y séjournant, n'existe pas, dans toute grande ville, pour subvenir à un journal qui remarque les événements sous le jour propre au rêve. Artifice que la réalité, bon à fixer l'intellect moyen entre les mirages d'un fait ; mais elle repose par cela même sur quelque universelle entente : voyons donc s'il n'est pas, dans l'idéal, un aspect nécessaire, évident, simple, qui serve de type. Je veux, en vue de moi seul, écrire telle Anecdote, avant que la divulguent des reporters par la foule dressés à assigner à chaque chose son caractère commun.
Stéphane Mallarmé, "Un spectacle interrompu", Poëmes en prose


Je faisais donc bien des choses où le vouloir ne se confondait pas avec le pouvoir. Et je ne faisais pas ce que je désirais avec une ardeur incomparablement plus grande, et que j'aurais pu faire dès que je l'aurais voulu, car pour le vouloir effectivement il n'était que de le vouloir pleinement. Car ici pouvoir et volonté ne faisaient qu'un : vouloir, c'était agir déjà. Et pourtant rien ne se faisait, et mon corps obéissait plus facilement à la plus légère volonté de mon âme, en mouvant ses membres au commandement, que mon âme ne s'obéissait à elle-même pour accomplir sa grande volonté dans la seule volonté.
Saint Augustin, Les Confessions, Chap.VIII.


Du moment qu'une personne y croit, il n'existe pas d'histoire qui ne puisse être vraie.
Paul Auster, Le Noël d'Auggie Wren


L'aventure de la philosophie recommence, exactement au lieu d'où elle a toujours commencé.
Présentes, absentes, les sciences s'oublient dans le sujet qui, désormais, sait. Il sait, donc n'a pas besoin d'étaler son savoir. Il connaît l'adresse des banques où puiser, s'il désire se souvenir. Nous ne vivons plus à l'âge des bibliothèques rares. L'information, partout disponible, rend possible l'oubli. Elle court dans l'air que nous respirons. A quoi bon citer ou recopier une liste de disciplines ou d'articles que chacun peut se procurer en un temps presque infiniment court ? Quand la mémoire devient objective, le sujet pensant devient oublieux. Quand l'accès au savoir ne rencontre aucun obstacle, change le satut du savoir même. Quand le langage se transforme, tout se transforme.
Michel Serres, Les cinq sens


Il est certain que les livres sont bien souvent un poison subversif de l'ordre social.
Victor Hugo, Le dernier jour d'un condamné


Pour construire mécaniquement la cervelle d'un conte somnifère, il ne suffit pas de disséquer des bêtises et abrutir puissamment à doses renouvelées l'intelligence du lecteur, de manière à rendre ses facultés paralytiques pour le reste de sa vie, par la foi infaillible de la fatigue ; il faut, en outre, avec du bon fluide magnétique, le mettre ingénieusement dans l'impossibilité somnambulique de se mouvoir, en le forçant à obscurcir ses yeux contre son naturel par la fixité des vôtres.
Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont, Les Chants de Maldoror, VI, 8 - mars 02


L'homme a composé sa propre figure dans les interstices d'un langage en fragments.
Michel Foucault, Les Mots et les choses.


Les maisons, les routes, les avenues sont fugitives, hélas, comme les années.
Marcel Proust, Du Côté de chez Swann


Il est vrai à la fois que le monde est ce que nous voyons et que, pourtant, il nous faut apprendre à le voir. En ce sens d'abord que nous devons égaler par le savoir cette vision, en prendre possession, dire ce que c'est que nous et ce que c'est que voir, faire donc comme si nous n'en savions rien, comme si nous avions là-dessus tout à apprendre.
Merleau-Ponty, Le Visible et l'Invisible


Nul ne sait écrire. Chacun, le plus "grand" surtout, écrit pour attraper par et dans le texte quelque chose qu'il ne sait pas écrire. Qui ne se laissera pas écrire, il le sait.
[...] Blanchot écrivait : Noli me legere, tu ne me liras point. Ce qui ne se laisse pas écrire, dans l'écrit, appelle peut-être un lecteur qui ne sait plus ou pas encore lire : vieilles gens, enfants de la Maternelle, radotant sur leur livre ouvert : a.d.a.d.
Jean-François Lyotard, Lectures d'enfance


S'il fut tous les livres qu'il lut, s'il fut le temps de chaque livre de doctrine la prosopopée soit exaltée soit courroucée de l'idée magistrale qui y était défendue, si de tous les romans il fut le héros du roman, alors il est ce défaut que requièrent pour préalable de semblables métamorphoses ; il est cette défection qui préside à l'échange. Il est cette disparition.
Pascal Quignard, Le lecteur


Une bonne phrase de prose doit être comme un bon vers, inchangeable, aussi rythmée, aussi sonore.
Gustave Flaubert, Lettres à Louise Colet, Croisset, jeudi 4 h du soir, 22 juillet 1852


L'avenir à long terme disparaît, et on ne s'en aperçoit pas...
André Malraux, cité par François Bon dans Rolling Stones, Une biographie (p. 661)


Prendre un livre et l'ouvrir rend encore possible le fait esthétique.
Jorge Luis Borges, Le Livre


Seul demeure le sentiment de légèreté qui est la mort même ou, pour le dire plus précisément, l'instant de ma mort désormais toujours en instance.
Maurice Blanchot, L'Instant de ma mort


Il va mourir violemment dans vingt-deux jours mais, comme il l'ignore, ce n'est pas de cela qu'il a peur.
Jean Echenoz, Au piano


Il y a une porte dans chaque porte. D'où la difficulté d'ouvrir.
Salah Stétié, Carnets du méditant.


Concevoir l'abandon, comme l'égarement, nous sauve des macérations satisfaites, en nous livrant jour après jour, nuit après nuit, aux perplexités virginales de la surprise.
Jean-Claude Pirotte, Rue des Remberges


La littérature pleinement vécue, la littérature qui n'est pas séparée de la vie au nom du divertissement ou de l'accès à la culture, rend le monde; elle le rend diaphane, absent, parfois jusqu'à l'insupportable, mais elle le rend, et si elle y parvient, c'est justement parce qu'elle est également le révélateur de toute idéologie en ce qu'elle travaille sa matière même, la langue, en ses arcanes, en ses puissances de mystification autant que de révélation, et que de plus elle travaille cette matière, non pas dans l'immédiateté, mais dans le temps.
Bertrand Leclair, Théorie de la déroute


Autour de nous règnent les sons amortis, le calme et ce luxe suprême, bientôt inaccessible à notre existence: la lenteur réfléchie, la mesure. Au-dehors, la bise elle-même galope, la route se couvre d'automobiles, le téléphone grelotte sans trêve. Mais au chevet du vin cloîtré, le temps s'endort et peut-être que nous cessons, un moment, de vieillir.
Colette


"Du bistro on ne voit pas les siècles passer ", lâchait Jean-Claude Pirotte dans ses mémorables Contes bleus du vin. Soliste, il est sans conteste notre meilleur interprète. Grand cru classé sans bruit, comme un secret à ne lâcher qu'aux initiés de grand chemin, il devient au fil de ses livres notre Nerval, quelquefois ivre et autrement grimé. Sonore à l'entendre, quelle belle voix! Chaque phrase sourd de lui et emprunte une musicalité extrême. Il cavale durablement, écrit pour continuellement se réinventer. Le voilà, à deux pas, il traverse sa vie un verre de littérature à la main.
Patrick Cloux, Un vin de paille


Bientôt on verra Beychevelle, Cheval-Blanc, Haut-Brion,Cos-d'Estournel et Pétrus dans les gazettes boursières à côté de France Telecom, Rhône-Poulenc et Vivendi. Ça me rend furibard. Le vin est fait pour être bu, de préférence entre amis, et basta.
Gérard Oberlé, Palomas Canyon


Qu'est-ce qui fait qu'il est parfois difficile de déterminer dans quelle direction nous allons marcher ? Je crois qu'il y a un magnétisme subtil dans la Nature qui, si nous y cédons inconsciemment, nous indique la bonne direction. Il n'est pas indifférent pour nous de savoir quel chemin nous empruntons. Il y a un bon chemin, mais nous sommes très assujettis à l'insouciance et à la stupidité, et nous sommes enclins à emprunter le mauvais. Nous emprunterions volontiers ce chemin que nous n'avons encore jamais emprunté dans ce monde réel, qui soit parfaitement symbolique du chemin que nous aimons suivre dans le monde intérieur et idéal ; et parfois, pas de doute que nous trouvions difficile de choisir notre direction, parce qu'elle n'existe pas encore distinctement dans notre esprit.
Henry David Thoreau, De la marche


Je veux composer une prose en roman,
car c'est la langue dont le peuple use dans ses conversations
et si je ne suis pas si lettré pour en rédiger en latin
cela vaudra bien, à mon avis, une coupe de bon vin.
Gonzalo de Berceo, "Vida de Santo Domingo de Silos", XIIIe siècle


Il comprit ce qui ne pourrait jamais entrer dans ses livres, en partie parce qu'il y avait trop de choses, mais surtout parce que nos humeurs visuelles sont d'une évanescence que seuls les bons peintres savent rendre, et parfois les meilleurs photographes. Une fenêtre à carreaux contient seize versions du monde extérieur. Lors de ses voyages intérieurs, il pouvait rester aveugle pendant des jours et des jours, retrouvant abruptement ses instincts animaux quand il se perdait dans les bois ou dans un marais ; alors rien n'échappait à son attention. Il comprit l'eau quand par négligence il trébucha alors qu'il pataugeait, ou bien le jour où il partit pêcher dans un petit bateau sur un lac Supérieur déchaîné dont l'eau glacée laissait un bien faible espoir de survie.
Jim Harrison, Traces


Le bonheur de boire s'apparente au bonheur de lire, en ce qu'ils sont tous deux fondés sur le besoin de connivence naturelle à l'homme.
Cette connivence - cette communion - s'établit entre le lecteur et l'écrivain comme elle se noue entre l'amateur et le flacon, mieux encore dans le partage du flacon entre amateurs.


Lorsque au début des temps, des hommes ont commencé à donner un profil infléchi au bois, ils ont formé un des premiers signes de leur accord avec le monde. Accord qui résultait, de leur part, d'un esprit de quête. Dans la branche ou la portion de tronc ainsi ployée se prolonge la main qui s'incurve. Ce qui est fait pour recueillir abrite, enveloppe, caresse, par opposition à ce qui saisit. Qu'on veuille, en courbant des lattes et en les ajustant les unes aux autres, construire une barque, un tonneau ou le bâti de la voûte d'une église, c'est toujours une part du monde qu'on enferme dans la forme protectrice d'un berceau.
[...]
Hier encore, le geste du tonnelier, le geste de l'artisan recommençait sans fin l'histoire, et nous savons qu'il n'est de vraie civilisation, de vraie culture que celle qui est constamment revécue, depuis ses origines, dans sa totalité. Nos seules puissances protectrices sont les sources. Il n'y avait aucune raison de désespérer, dans un monde où, chaque matin, on réinventait le tonneau.
Pierre Gascar, Les sources


Au fond, on croit que les peintres peignent ce qu'ils voient, le monde simplement, le réel ; sans doute ; mais leur choix [...] est si déterminé, leur intervention, même discrète, si fortement orientée, qu'à la longue on comprend une chose : c'est que toute leur oeuvre peint, fragment après fragment, leur paradis.
Philippe Jaccottet, Remarques sur Palézieux


Déni de droit, non-respect de la parole de la France et désinformation, tout oblige à lever le voile sur l'affaire Cesare Battisti et sur l'homme, afin que chaque Français puisse atteindre, de manière objective et par l'usage de la Raison chère à Voltaire, à la vérité qui lui est cellée. Cet ouvrage, recueil de textes et de documents, met en évidence, par la seule présentation des faits et loin de toute polémique partisane, combien l'extradition de Cesare Battisti constituerait une injustice profonde pour l'homme, un affront à l'honneur de notre pays et de ses citoyens, et une faute gravissime au regard de l'Histoire.


Dans la glorification du "travail", dans les infatigables discours sur la "bénédiction du travail", je vois la même arrière-pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, on sent aujourd'hui, à la vue du travail - on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu'un tel travail constitue la meilleure des polices, qu'il tient chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l'amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l'on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l'on adore aujourd'hui la sécurité comme la divinité suprême. - Et puis ! épouvante ! Le "travailleur", justement, est devenu dangereux ! Le monde fourmille d'" individus dangereux" ! Et derrière eux, le danger des dangers - l'individuum.
NIETZSCHE, Aurore, §. 173 (1880), éd. Gallimard, coll. "Idées".


Il me semble en cet après-midi d'automne humide saisir le sens de ce perpétuel devenir, de cet écoulement sans fin, c'est la vie avec son cortège d'innombrables événements. Comme si la vie était un fleuve qui coulait paisiblement sans se soucier de ses remous, de ses chutes, de ses entonnoirs, de ses dissipations, le courant emporte tout, destins, agitations humaines, animales, végétales, sans aucune signification, dans un éternel brassage, un éternel passage, une éternelle fuite en avant, vers aucun but. Sans aucun message d'espoir. Et pourtant le fleuve se rassemble en même temps dans cette permanence que j'ai sous les yeux. Une immense stagnation qui ne bouge qu'avec des siècles d'efforts secrets.
Jacques Vallet, L'Endormeuse, Le cherche midi, 2007.


Si la littérature est à présent posthistorique, alors elle est in-sensée ; elle n'a plus de miroir humain, elle est dans l'écart entre le souvenir de sa propre histoire (d'où son maintien comme recyclage permanent de formes romanesques et poétiques éculées) et l'effort désespéré, solitaire, pour se penser et faire advenir cette pensée en une oeuvre dont la survie est incertaine. Le désenchantement, ce serait donc le processus par lequel la littérature semble non seulement toucher à sa fin, par épuisement de ses deux vecteurs royaux, le roman et la poésie, mais aussi ce qu'elle recueille de l'enténèbrement du monde et qu'elle ne peut plus disputer au sociologique, au cinéma, à l'inculture, à l'effondrement syntaxique.
Richard Millet, Désenchantement de la littérature, Gallimard, 2007.


Citer, c'est respirer la littérature pour ne pas étouffer parmi les lieux communs respectueux qui viennent à l'esprit de celui qui s'obstine dans cette vulgarité suprême : "Ne rien devoir à personne." Car, dans le fond, celui qui ne cite pas ne fait que répéter, mais sans le savoir ni le vouloir.
Enrique Vila-Matas, "Le plaisir des citations", in Le Magazine Littéraire, n° 473, mars 2008, p. 17.


Qu'est-ce qu'un paysage ? Je ne cesse de me poser la question. Que voyons-nous quand nous regardons ? Rien ne sert de précipiter l'hésitante flânerie pour y répondre. L'avancée risque souvent de déjouer l'attente. Il n'y a pas de nature en soi. Mais que dire du paysage ? A cela, nulle réponse qui vaille pour tous. Le paysage désunit, divise. Il est le lieu commun de la solitude. Au mieux, il ne relit que des fragments. Et comment, dans cette indétermination première, retrouver le commencement ?
Jean Tournay, Air de la Méhaigne, Paris, La Table Ronde, coll. "L'usage des jours" (dirigée par JC Pirotte), février 2008, p. 56.


Rêver est simple, mais contempler ne l'est pas.
Claudio Rodríguez, "En guise de commentaire", in Don de l'ébriété, trad. de l'espagnol par Laurence Breysse-Chanet, Paris-Orbey, Editions Arfuyen, coll. "Neige", mai 2008, p. 124.


Choisissons-nous les écrivains qui nous hantent, ou avons-nous été choisis par eux ?
Florence Delay, "Calderón, épisodes personnels", in Mon Espagne Or et Ciel, Paris, Hermann Editeurs, 2008, p. 221.


Un excellent vieux vin sortit de la cave. Au moment de le boire, où je regarde le vin qui épouse le soleil, j’ai eu l’impression que la Mort debout à côté de moi me regardait.
Maurice Chappaz, La pipe qui prie & fume, éditions de la revue Conférence, 2008.


Il n'est pas d'autre raison de boire, en définitive, que de boire et d'avoir bu. Mais il y a la façon.
Ce qu'emportent les Quatrains d'Omar Khayyam, c'est un usage du monde et sa mesure. La taverne est construite aux proportions de l'univers [...]
Jean-Yves Lacroix, Le cure-dent, éditions Allia, 2008.


Retirado en la paz de estos desiertos,
con pocos, pero doctos libros juntos,
vivo en conversación con los difuntos
y escucho con mis ojos a los muertos.

Francisco de Quevedo (1580-1645), "Desde la Torre"




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